mardi 30 août 2011

Evangile du DIMANCHE 2 octobre


Matthieu 21, 33-43


33 « Ecoutez une autre parabole. Il y avait un propriétaire qui planta une vigne, l'entoura d'une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour ; puis il la donna en fermage à des vignerons et partit en voyage.
34 Quand le temps des fruits approcha, il envoya ses serviteurs aux vignerons pour recevoir les fruits qui lui revenaient.
35 Mais les vignerons saisirent ces serviteurs ; l'un, ils le rouèrent de coups ; un autre, ils le tuèrent ; un autre ils le lapidèrent.
36 Il envoya encore d'autres serviteurs, plus nombreux que les premiers ; ils les traitèrent de même.
37 Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : "Ils respecteront mon fils."38 Mais les vignerons, voyant le fils, se dirent entre eux : "C'est l'héritier. Venez ! Tuons-le et emparons-nous de l'héritage."39 Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent.
40 « Eh bien ! Lorsque viendra le maître de la vigne, que fera-t-il à ces vignerons-là ?»41 Ils lui répondirent : «Il fera périr misérablement ces misérables, et il donnera la vigne en fermage à d'autres vignerons, qui lui remettront les fruits en temps voulu.»42 Jésus leur dit : «N'avez-vous jamais lu dans les Ecritures : La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs, c'est elle qui est devenue la pierre angulaire ; c'est là l'œuvre du Seigneur : Quelle merveille à nos yeux ?43 Aussi je vous le déclare : le Royaume de Dieu vous sera enlevé, et il sera donné à un peuple qui en produira les fruits.»

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Commentaire de Philippe

                Voilà une bien curieuse vigne ! Une tour ? Un pressoir ? Mais d’habitude, on presse le raisin dans des bâtiments spéciaux et on le conserve dans des barriques ou, dans le cas présent dans des jarres de terre, bien au frais. Une tour pour quoi faire ? Pour surveiller la survenue des pillards ? Empêcher les grappilleurs de saccager les plus beaux ceps ? Sans doute tout cela.
C’est que la vigne représente Israël, un peuple choisi par Dieu, protégé par Lui, entouré de soins, enseigné par les événements de l’histoire (la sortie d’Egypte, la conquête de Canaan, la prise de Jérusalem par le Roi Nabuchodonosor, la déportation à Babylone, le retour d’exil après l’édit de Cyrus, etc.). En plus de ces événements, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob n’a cessé d’envoyer en Israël des prophètes pour appeler le peuple et ses dirigeants (des rois impies souvent) à la conversion. Rien n’y a fait. Ce "peuple à la nuque raide" a persisté dans ses erreurs et n’a pas vu venir l’accomplissement des temps (la venue de Jésus). Il n’avait cessé au cours de sa longue histoire de persécuter les vrais prophètes, ceux que Dieu avait chargés soigner sa vigne par leurs exhortations, leurs enseignements, leurs actes et leur vie. On les a moqués ; certains, tel Jérémie, ont été persécutés, et d’autres ont été tués. L’injuste traitement qui leur avait été réservé préfigurait celui qui serait infligé à Jésus en la personne de qui se résumeraient les moqueries (le manteau rouge dérisoire et le sceptre de roseau), les mauvais traitements (la flagellation et le portement de croix) et finalement la mort sur la croix.
Cette parabole est donc une prophétie de Jésus qui annonce sa Passion. Lui, le Fils bien-aimé, venu pour sauver le monde et non le condamner, voilà comment on va le traiter ! Et ce sont les persécuteurs eux-mêmes qui se condamnent puisqu’ils déclarent, en aveugle qu’ils sont, que les vignerons homicides méritent la mort, et la dépossession du bien que Dieu leur avait remis en fermage. Encore une prophétie de Jésus : la Bonne Nouvelle n’est pas réservée, n’est plus réservée au peuple élu, elle est pour tous les hommes.
Les fruits de la vigne, les beaux raisins, c’est le salut, c’est la vie éternelle et la vie éternelle c’est de connaître le Père auquel il n’est possible d’accéder qu’à travers Jésus. C’est aussi la vie dans l’amour du prochain. C’est le Royaume. Il ne faut pas se tromper, d’ailleurs. Le Royaume est déjà-là. Il y a du concret dans cette image. Ceux qui en goûtent possèdent déjà ce qu’ils espèrent.
Parabole terrible dans sa violence, résumé imagé de l’histoire de l’humanité ! Que le Seigneur nous garde de la tentation de céder à la bonne conscience : les fruits de la vigne c’est l’amour de Dieu et l’amour du prochain, en qui se résument les deux commandements que Jésus déclare semblable : tu aimeras Dieu de tout ton cœur, de tout esprit et de toute ton âme ; tu aimeras ton, prochain comme toi-même.
Seigneur, donne-nous un coeur nouveau pour accueillir ta parole de vie.




Commentaire de Geneviève


Encore une fois j’ai pu expérimenter cette semaine combien la Parole de Dieu vit dans notre présent, est active dans notre ordinaire. Je découvre vraiment à quel point recevoir un Evangile chez soi conduit à une aventure personnelle en quelque sorte parallèle que je me fais une joie de vous partager.

Mais commençons par le point de départ : nous sommes toujours dans le Temple. Jésus est dans sa Maison, celle de son Père. Il s’adresse aux chefs des prêtres et aux pharisiens. Des ‘sans nom’. Des maîtres de ce judaïsme qui trouve sa respiration dans deux poumons, la Loi (= la parole de Moïse) et l’exercice du culte – au Temple.

* J’avais l’intention d’évoquer le pourquoi du choix de Jésus, dans son souci constant d’enseigner non seulement ses disciples mais tous ceux qu’il approche ou qui l’approchent, de leur parler une nouvelle fois en parabole. En bon pédagogue, il sait que n’importe quel argumentaire rebondira sur ces plaques d’acier étincelant sans pénétrer ni le cœur ni l’intelligence mais que l’image, elle, a ce pouvoir naturel de s’infiltrer entre les boucliers pour toucher la personne. Mais y parviendra-t-il ?

*J’avais l’intention de ne pas aller plus loin que la description de cette vigne et de mon interprétation - tant elle m’a choquée dès la porte d’entrée dans cette autre parabole : un portrait si fermé. Un vignoble enfermé comme cela : existe-t-il quelque part des vignobles barricadés de la sorte ? Pour ma part je n’en ai jamais vu : ni sur les pentes dorées alsaciennes ni ailleurs. Ca commençait bien … Revenait à ma mémoire le souvenir de visites avec mes élèves ou d’autres jeunes que j’ai pu accompagner maintes fois dans un autre domaine, appartenant à un autre propriétaire mais un camp…de concentration, celui du Struthof. Un autre univers clos sans liberté ni dans la vie ni dans la mort. Surgissaient ces images d’autres clôtures mais en barbelés blessants, d’autres tours de garde mais des miradors, d’autres pressoirs mais qui partaient en fumée…

*J’avais l’intention de m’arrêter devant ce face à face terrible entre un collectif d’anonymes et un homme qui dit être le Fils de Dieu. Devant ce combat entre un groupe indistinct qui avance, l’épée au poing mais sous des boucliers, semblable à cette fameuse tortue romaine et un homme seul qui n’a à la main que la Miséricorde. Devant Jésus qui poursuit le combat de Josué contre toutes les forces du même Ennemi qui veut toujours détruire la Terre Promise, cette fois la Terre promise à tous les hommes, à tous les peuples : le Royaume de Dieu ou le Royaume des cieux. Un mode de vie et de pensée - non une terre fermée, clôturée avec des gardiens et dirigée par des chefs –appelés rois et grand-prêtres.

* J’avais l’intention d’insister sur cette violence dans laquelle nous sommes plongés : une gradation marquée trois pas, trois échecs et le quatrième, hors parabole, un échec réel exprimé dans la soi-disant parole d’un ‘on’.
Meurtres, vengeances, un climat mortifère permanent. Les protagonistes deviennent interchangeables et se transforment en doubles symétriques. Je voulais approfondir l’effet de miroir dans cette « violence mimétique ». Je voulais encourager à ce titre la lecture ou la relecture de René Girard pour mieux comprendre le système de raisonnement de ces vignerons et ainsi sortir de cette spirale étouffante du début à la fin – qui me guette aussi au premier tournant .

Et pourtant, écoutons avec eux cette parabole en tension extrême vers sa finalité :

« Aussi je vous le déclare : le Royaume de Dieu vous sera enlevé, et il sera donné
à un peuple qui en produira les fruits. »


* Dans mon cheminement à travers cet évangile, j’ai eu alors l’intention d’accomplir un nouveau voyage dans le monde des fruits.
Quoi de plus agréable qu’une promenade en votre compagnie au milieu des graines et des fruits ? Aventure des plantes qui voyagent et peuvent s’arrêter ou là ou là… Grâce à qui ? …Plantes voyageuses, graines et fruits qui inventent mille et une ruses et savantes techniques pour se déplacer… Comment ?
Grâce à qui ?
Tout ça parce que, quand j’ai vu le mot « fruit », je me suis dit : mais enfin les fruits ne viennent pas tout seuls sur les branches… Et j’ai vu une abeille. Une merveille de la nature. Une pollinisatrice des plus efficaces [même l’abeille solitaire…] Sans elle nous ne pourrions déguster ni cerises, ni châtaignes, ni fraises, ni groseilles, ni pêches, ni raisins et ni tant d’autres légumes !

En plus ces petits insectes partagent leur travail avec une quantité innombrable d’êtres qui permettent aux fruits tout simplement d’exister : animaux, oiseaux, même la chauve-souris… sans oublier le vent et l’eau.
La survie ou l’évolution de presque toutes les espèces végétales dépendent directement de la pollinisation. Phénomène fascinant ! Aujourd’hui on dirait : une mutualisation de services. Je voulais démontrer combien le nombre et la variété des pollinisateurs influent sur la biodiversité et inversement. Et quel drame que leur régression sur toute notre planète…

Mais enfin, un topo de botanique : quel est le sens de cette digression ? Quel rapport avec notre évangile, vous demandez-vous peut-être en fronçant les sourcils ?
Parce que de cela on n’en parle pas texto dans l’Evangile. C’est bien beau de dire tout le temps : portez du fruit ou produisez le fruit du Royaume des cieux sinon pas de Royaume ! Encore faut-il le pouvoir et ce que j’ai découvert cette fois c’est qu’on ne peut pas porter ou produire du fruit seul. Au préalable un transport de pollen est nécessaire pour permettre la fécondation. Sans doute qu’à l’époque on ne le savait pas bien ou que moi-même j’étais complètement ignare – mais enfin je n’avais pas fait – jusqu’à aujourd’hui le rapprochement entre une donnée scientifiquement prouvée et cet appel évangélique. Comme quoi !

J’aurais pu raconter aussi plein d’histoires de naissances de fruits, pour bien réaliser que c’est une affaire de sexualité – qu’au sens propre, le fruit est un organe contenant les graines provenant généralement de l’ovaire de la fleur.

Et mon questionnement aurait été :

→ Et si nous étions appelés d’abord à être des pollinisateurs ?

Et si la nouvelle évangélisation ne pouvait se réaliser que
par pollinisation ?



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Bref, j’en étais là de mes diverses intentions de méditation : que de chemins à prendre ! Lequel choisir ? Dans quelle direction aller ? Pour le coup, je ne voyais plus rien du tout. Le brouillard. Je ne voyais pas bien une unité sortir de tout cela. Et les jours passent. Quel bazar d’ « idées »!
J’ai alors frappé à la porte comme notre Seigneur nous l’a recommandé (Luc 11,9)

« Frappez, la porte vous sera ouverte »


Et une porte s’est ouverte : une nouvelle, totalement inattendue aussi bien dans ses conditions externes de parachutage que par sa forme intérieure.

Un fruit - tel une noix de coco me serait-il tombé sur la tête ?
Non, je n’ai pas été assommée mais une demi-seconde je suis tout de même restée immobile.
Car une voix a traversé les millénaires. Elle est remontée à la surface presque silencieuse, un souffle doux, un murmure joyeux >> elle sera la seule ligne unifiante que je cherchais pour mon commentaire d’au-jour-d’hui.

C’était mercredi dernier vers 20h.

Sur le panneau de l’Eglise de Balaruc, j’avais lu que ce jour-là, c’était la saint Matthieu : heureux hasard, me suis-je dit en mon for intérieur. Pour sa fête, je vais lui demander un cadeau : m’en sortir de cette panne technique devant cet évangile, le sien. A l’aube, chose fut faite. Cette demande s’était quasiment envolée durant la journée. Je l’avais déposée. Je n’y pensais plus.

Le soir je rejoignis le Groupe de prière qui se rassemble chaque mercredi depuis 20 ans et auquel s’adjoignent des curistes. Un bout de chemin de trois semaines ensemble chaque année. Fidèlement.


Une alternance de modes de prière faisait que ce soir-là était orienté essentiellement vers le partage de la Parole. Après un temps de chants et d’invocations constituant la préparation et l’ouverture à l’écoute de la Parole qui allait être donnée aux membres du groupe, la bergère proposa donc à quelques-uns d’ouvrir leur Bible et de prendre connaissance du passage qui viendrait sous leurs yeux. Je n’en faisais pas partie et je reconnais avoir éprouvé sur l’instant comme un regret de ne pas avoir cette occasion de « réceptionner » « directement » un passage qui me rejoindrait personnellement certainement mieux. Bref j’étais dans une situation complètement à l’envers. Puis, je me suis dit : tant pis ! Ca ne fait rien ! De toute façon c’est le Seigneur qui parle à travers mes frères et sœurs.

Suivi un temps de discernement ultra rapide entre ces personnes pour choisir parmi les passages relevés celui qui exprimerait la Parole que Dieu donne à tous et à chacun.


[= Un exemple du processus de pollinisation, ici le transport ciblé d’un grain de pollen qui en a parcouru du temps pour s’implanter au cœur de ce petit groupe de chrétiens dans une petite salle à l’étage d’une petite chapelle Ste Thérèse dominant l’étang de Thau…]



Et j’entendis alors la petite voix tranquille de la bergère s’élever.

« Nous avons discerné très vite. Faisons silence et recevons maintenant la Parole que Dieu nous donne :



Isaïe 27, 2 à 5




Ce jour-là, la vigne délicieuse, chantez-la !

Moi, Yahvé, j’en suis le gardien,

De temps en temps je l’irrigue,

pour qu’on ne lui fasse pas de mal,

nuit et jour je la garde.


Je ne suis plus en colère.

Qui va me réduire en ronces et en épines !


Dans la guerre, je la foulerai, je la brûlerai

en même temps.

Ou bien que l’on fasse appel à ma protection,


Que l’on fasse la paix avec moi,

la paix, qu'on la fasse avec moi.

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