Matthieu 18, 15 – 20
16 S’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes pour que toute affaire soit décidée sur la parole de deux ou trois témoins.
17 S’il refuse de les écouter, dis-le à l’Eglise, et s’il refuse d’écouter même l’Eglise, qu’il soit pour toi comme le païen et le collecteur d’impôts.
18 En vérité, je vous le déclare : tout ce que vous lierez sur la terre sera lié au ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié au ciel.
19 Je vous le déclare encore, si deux d’entre vous, sur la terre, se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux.
20 Car, là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. »
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Commentaire de Philippe
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Commentaire de Geneviève
♦ Gestion de l’écoute ?
Gestion d’une procédure en vue d’une tâche ?
Description d’une performance dans une interaction sociale avec des indicateurs progressifs ?
Gestion de relations fraternelles ?
Gestion d’une vie communautaire ecclésiale?
Gestion d’un programme pour un bon comportement chrétien, clair, pacifique, exemplaire car établi dans la Vie Trinitaire ?
Gestion d’une procédure à suivre sur le modèle d’une Communauté judéo-chrétienne du 1er siècle ?
Gestion de la présence du Christ sur la terre ? Dans son Eglise ?
Gestion du chemin vers la Liberté ?
Gestion du chemin vers la Vérité ?
Uniquement une affaire de gestion ???
♦ Mes premières réactions face à cet évangile ont été :
1. C’est un bon exposé de vie relationnelle entre chrétiens – et encore complètement qu’à l’époque de son contexte historique du 1er siècle. C’est un cours, un enseignement: quelles applications possibles à notre époque ? Immédiatement je vois deux éléments à mon avis inexécutables.
2. Cependant je le reçois comme un appel : rien à voir avec une ‘‘application ’’ni mathématique ni informatique. Matthieu, même avec sa formation professionnelle de comptable, (+ les autres rédacteurs potentiels de cet évangile) ne nous poste pas un logiciel comprenant des instructions regroupées en programmes, données et documentation, dont les automatismes permettraient à tous les utilisateurs de tous les temps, grâce à une clé USB avec une capacité de stockage finalement peu importante, une assistance salvatrice pour bien gérer nos activités sociétales dans un cadre figé nommé Eglise.
3. Cependant je l’accueille comme une invitation à entrer dans une vie de partage des mœurs divines. Là encore je suis plongée dans le don, un don en mouvement, pas un colis ficelé, enrubanné.
4. Mais, au terme, j’ai sursauté. Pour la première fois l’expression : « je suis au milieu de vous », pourtant tant de fois employée au cours de prières communes, m’a comme gênée : il y a quelque chose qui cloche dans cette phrase... Je suis allée voir dans la traduction de la Bible de Jérusalem → idem à peu près : « je suis là, au milieu de vous. »
Quel statisme ! Voilà que Jésus, toujours en mouvement, qui nous demande sans cesse des mises ou des remises en route, toujours en mouvement d’orientation vers son Père ou vers nous, ne bougerait plus ? Un immobilisme qui m’a paru contraire à sa nature (heureusement qu’a été supprimé l’adverbe « là » qui indique juste un lieu mais pas une présence agissante cf. je suis là ≠ je suis présent). J’ai trouvé que le fait de dire qu’il était là quand plusieurs personnes se rassemblent dans la prière ou dans l’action en son nom, d’une part n’ajoutait rien à ce que nous savons déjà par ailleurs et d’autre part exprimait une présence certes réconfortante mais somme toute passive, sans plus. Un cercle fermé.
J’ai aussi lu « je suis » comme un nouveau « JE SUIS », cette carte d’identité qu’il n’a cessé de mettre en avant pour se présenter- ce qui rend encore plus fade le sens de cette phrase telle que. N’y aurait-il pas un problème sur le plan d’une traduction insuffisante ?
Comment le savoir avec les moyens du bord très limités dont je dispose ?
Alors, comme dit, ça a fait tilt :
Qu’est-ce que ce « milieu » en fait ? Que signifie « être au milieu ? »
Juste une affaire de position ? Un synonyme de « centre » ? Une confusion ? Un amalgame ? J’ai regardé de plus près le mot « milieu », à la loupe → je l’ai décomposé :
MI – LIEU >Toujours en panne d’interprétation, j’ai quitté l’approche de la notion d’espace physique strict pour considérer cette place sous l’angle de la perspective et peu à peu j’ai perçu que, lorsqu’on est au milieu d’un groupe, on est placé en relation, à moitié vers l’un, à moitié du chemin par rapport à l’autre. Mais mon avancée restait bloquée par la construction : au milieu. Ne serait-ce pas « je suis le milieu ? » Mais alors que faire de la suite « de vous » ?
C’est alors qu’en désespoir de cause, je me suis dit qu’il n’y avait qu’une solution : m’en retourner voir l’histoire de ce mot. Je ne vous dirai pas maintenant ma découverte. Mais elle est sensationnelle ! Pour la visionner, je vous préviens qu’il vous faudra une nouvelle fois beaucoup de patience mais le fruit en vaut la peine.
♦ Voyons de plus près le début de l’instruction donnée aux disciples :
En fait, au départ donc, je trouve que ma situation historique hic et nunc fait que l’invitation qui m’est faite en rend impossible son incarnation actuelle, en dépit de ma bonne volonté. Le début de ce processus d’entrée en vérité requis de manière carrée, délimitée, en schéma d’opposition pure et simple, des hypothèses certes, mais qui clôturent le champ me semble étranger à notre vécu actuel avec une application sinon très difficile sinon quasi impossible - les apôtres d’ailleurs avaient eux- aussi saisi la difficulté de l’affaire tant qu’elle reste fichée dans les mains humaines.
Quelques interrogations m’ont menée à ce détachement lié sans aucun doute à un changement de contexte historique du vécu qui me semble n’avoir plus rien à voir avec celui de l’époque de la rédaction de l’Evangile de Matthieu.
Essayer d’adapter cette démarche en trois étapes obligées, exprimée dans le contexte d’une des premières communautés chrétiennes, non seulement au mien mais plus largement à celui de l’Eglise actuelle tous continents confondus - et quelle que soit la position que je choisisse : celle du pécheur ou celle de la personne qui vient reprendre le pécheur, cela ne me paraît pas évident du tout .
>> La nature , l’identité du "péché " ???
Certes la première rencontre proposée est tout à fait réalisable, accessible et excellente dans le travail de recherche commune de la vérité et j’ai pu en voir les fruits à plusieurs occasions : mais « le péché » en question appartient alors, si l’on peut dire, au domaine social et est connu sur la place publique (il faut toujours garder en perspective les 3 hypothèses ensemble). Ici par exemple on sent alors l’origine de cette demande du Christ. Dans notre quotidien, ce qui suscite un tel parcours, c’est une action ou une parole qui, selon une définition officielle « a transgressé la loi divine », je préfère dire : qui a rompu le lien avec mon Père, qui, comme un caillot qui bloque la circulation du sang, a empêché, cassé la transmission de la Vie dans ma vie avec toutes les séquelles possibles.
Dans les faits d’aujourd’hui, je ne vois pas comment cet acte magnifique de dialogue, de transparence qui mène à la miséricorde peut, et se réaliser et être accepté, en dehors d’une vie en communauté ( de type religieux ou laïc) – les fruits de l’observance de ces 3 pas sont certains et visibles [ = là aussi chacun, de part et d’autre, est un visage de la Vérité ] mais en dehors, dans la vie de tout le monde en paroisse : je ne me vois ni dans un point de vue ni dans l’autre, tant que les contours dudit ‘ péché ’ ne sont pas précisés – et il y a une limite au secret de la vie personnelle en relation avec Dieu qui ne relève pas de cette démarche de correction fraternelle pratiquée donc depuis des siècles, mais du sacrement de réconciliation. Deux démarches différentes mais qui se complètent.
>> Et surtout le 3ème pas : « Le dire à l’Eglise » ??? :
De quelle Eglise est-il question dans ce passage ? Quelle réalité est évoquée par Jésus ? Quelle réalité correspond à ce connaît l’Evangéliste Matthieu ? Ses successeurs ? Nous le voyons presque vivant lorsqu’il se met lui-même en scène mais en creux au v17 ? Ex-publicain, percepteur de l’impôt romain sur la population juive, il connaît pour l’avoir vécu le mépris, celui des scribes : il en a gardé un souvenir indélébile ; mais il a intégré cette souffrance et s’il la fait transparaître ici, c’est en la transformant radicalement. Grâce à lui, nous entendons de nos propres oreilles, 1900 ans après, le témoignage de la vie d’une communauté judéo chrétienne de la fin du 1er siècle en Galilée du Nord et en Syrie méridionale qui essaie de suivre un Chemin nouveau, renversant.
Comme elle, nous recevons cet appel qui fonde une communauté de disciples : après celui de l’attention à l’enfant, au pauvre et leur respect, celui de la relation avec « le frère » traversée inlassablement par le pardon car il est don de Dieu.
Mais, pour aujourd’hui, cette étape finale dans la progression pédagogique proposée, la référence à « l’Eglise », me paraît à la fois impossible, irréalisable et plus encore néfaste, dangereuse > Je pose toutes les questions qui me viennent en vrac à l’esprit :
Qui est « l’Eglise » dans ce cas ? « Le peuple de Dieu » cf. Vatican II ? = les membres de la paroisse locale ? tous ? lesquels ? une délégation ? comment se ferait le choix ?, le curé de la dite paroisse uniquement? D’autres prêtres ? Lesquels ? L’évêque ?
Vous voyez le bazar en perspective + les pbs gigantesques liés aux problèmes de pouvoir...
Cependant je poursuis ma lecture pleine d’espoir car je vois à l’horizon quelque chose - d’inattendu - qui me parle :
La Parole a un Visage, celui du Christ et peut-être le mien si j’accepte de descendre de mon arbre et de Le laisse entrer dans ma maison.
La Croix a un Visage, celui du Christ et peut-être le mien si j’accepte de Le suivre.
Et voici que la Miséricorde, la Compassion, a un Visage, celui du Christ et peut-être le mien si j’accepte de me mettre d’accord avec deux ou trois pour demander quoi que ce soit : alors, nous dit Jésus, « cela leur (= vous) sera accordé par mon Père qui est aux cieux.
"Car, là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. "
Voilà ce que j’ai découvert :
Je suis AU MILIEU de vous
Je vous invite à suivre le fil de mon exploration de l’évolution de ce mot en vous référant, si vous le souhaitez, aux ouvrages suivants:
A/ Dictionnaire d’ancien Français- Moyen Age et Renaissance Robert Grandsaignes d'Hauterive
En regardant sous MOIE : Milieu ; moitié ; et suivants, vous verrez qu'au XIe Milieu signifiait ce qui est au milieu - Intermédiaire.
B/ Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle par Frédéric Godefroy (1881) p 357 et suivantes
° MOIEN :
* Qui est entre l’homme et Dieu : Il fault donc netoyer cest œil de ceste intériorité, et l’adresser a moy oultre et hors toutes choses moyennes et mondaines. (Intern.Consol., II, XXXIII, Bibl.)
*Protecteur : - A cest estor nos soit Deus bons moiens (XIIe s Macchab., ms. Berne 113, Stengel,V.)
* Intercession : A la prière et moyen du duc de Lancastre (Froissard, Chron, XV, 271)
° MOIENEMENT: sentence d’arbitre, entremise, médiation: Parmi l’attirement et le moiennement des preudommes ki s’en entremisent, nous sommes accordet enviers le capitle et avons fait pais (1260, Ch. De l’échevinage de Cambrai, Duc) ° MOIENOR, médiateur, arbitre :
Mais reconnoix qu’il (Jésus) moyeneres est de Dieu et des hommes. (S.Bern., Serm 24768) Le Messie et vray moyenneur entre Dieu et les hommes. ( La Bod., harmon., 1578)
° MOIENER, trouver son milieu Tu es Dieu la sapience, Par qui se define et commence Et se moiegne tout bien fait. (Dist de la fleur de lys, Richel. I 4120 )
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Loin de moi la tentation de tomber dans une dérive théologique qui consiste à réduire Jésus à un rôle de tiers intermédiaire entre les hommes et leur Créateur. Comme le Christ, nous sommes constamment dans un combat. Les pierres qui surgissent sur notre chemin font souvent chuter : mais ce que je vois dans la signalétique que nous donne Jésus ici, c’est qu’il se situe, selon notre volonté, dans le dialogue instauré entre plusieurs frères, le prolonge, l’emporte vers le Créateur de toutes choses, son Père qui, par lui, est notre Père. Dieu est responsable jusqu’au bout par le don de son Fils à l’humanité entière, de même son Fils l’est jusqu’au bout, complètement. Pasteur, il n’abandonne pas ses brebis, aucune. Par cet acte, il se positionne avec nous face à Satan - toujours là et actif car, s’il y a quelqu’un qui sait bien de tout temps que, dans Dieu Trinité, le Fils de l’Homme est dans toute sa plénitude le Fils de Dieu Père, c’est lui. Il incarne le MI-LIEU, à égale distance de l’homme et de Celui qui l’a engendré : il emporte avec lui nos demandes, dès que nous sommes au moins deux réunis en son Nom, pas comme un délégué du personnel chargé d’apporter des revendications au patron, ou comme un transporteur routier qui permet à nos colis de parvenir à destination, au moins plus rapidement. Jésus, ce n’est pas un rouage créé par un « Bon Dieu » pour nous faciliter la com’.
Jésus, Tu es notre Milieu, en nous, entre nous, entre notre Père commun et nous et toujours dans une dynamique solidaire - en nous laissant toujours libres de notre décision parce que Tu nous as faits libres.
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Par conséquent je me permets en toute simplicité de donner deux conseils aux rédacteurs des traductions de la Bible [TOB, Bible de Jérusalem et autres] :
Rechercher une traduction plus ajustée à la fois à l’étymologie, à la richesse polysémique du mot « milieu » et à la place réelle de Jésus : Il me semble, mais cela serait à confirmer par des spécialistes, que ce terme, comme bien d’autres, a connu ce phénomène linguistique appelé « affadissement » (ainsi ‘formidus’, un évènement formidable = qui inspire la crainte, la terreur est devenu quasiment le contraire) > Il est devenu plat, terne, avec plus qu’une seule acception.
Donc le choix est simple :
- ou garder « milieu » malgré tout mais en donnant des explications en note.
- ou trouver un autre mot, pas un synonyme mais qui restera certainement aussi imparfait
- soit d’aller chercher du côté d’une expression plus longue, peut-être avec des tirets.
Je n’ai moi-même, pour l’heure, pas trouvé LE mot qui contiendrait ces aspects essentiels mais des expressions approchantes.
Car, là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis leur Intercesseur - ou leur Médiateur pour souligner, non pas un aspect conflictuel, mais que nous sommes dans l’environnement ténébreux du péché, de la lutte continue contre Satan et aussi dans une double relation : filiale et fraternelle.
→ ou à défaut un groupe de mots comme celui-ci :
« Je suis au milieu d’eux, mes frères, les emportant toujours plus vers notre Père. »
Que l’équipe de Biblistes et autres spécialistes intègre 3 Professeurs d’Université de Linguistique, de Grammaire et de Stylistique.
Pourquoi ?
Faire, comme c’est dit dans les présentations du travail des récentes traductions, des « retouches » par ci, par là, sur l’édition précédente s’avère à mon sens insuffisant. Se livrer à de grandes recherches exégétiques ou historiques en gardant le souci permanent d’avoir à disposition un minimum de compétences professionnelles en Langue française pour transmettre une nourriture qui soit encore plus belle, encore meilleure = un autre combat.
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Quelle autre prière de conclusion aujourd’hui que celle-ci ?
Seigneur, lorsque nous sommes deux ou trois réunis quelque part en Ton Nom, sois au Milieu de nous, tes frères et sœurs,
pour nous emporter toujours davantage au plus près de notre Père.
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