dimanche 30 octobre 2011

Evangile du dimanche 4 Décembre


Marc 1, 1-8

1 Commencement de l’Evangile de Jésus Christ Fils de Dieu :
2 Ainsi qu’il est écrit dans le livre du prophète Esaïe : Voici, j'envoie mon messager en avant de toi, pour préparer ton chemin.
3 Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.
4 Jean le Baptiste parut dans le désert, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés.
5 Tout le pays de Judée, tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui ; ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en confessant leurs péchés.
6 Jean était vêtu de poil de chameau avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.
7 Il proclamait : « Celui qui est plus fort que moi vient après moi, et je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la lanière de ses sandales.
8 Moi, je vous ai baptisés d'eau, mais lui vous baptisera d’Esprit Saint. »


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Commentaire de Philippe



On doit toujours accorder la plus extrême importance aux premiers propos d’un texte. Marc, d’emblée, nous indique le but de son Évangile : parler de Celui que les prophètes, depuis les temps anciens, ont annoncé. C’est en effet par le rappel d’une prophétie d’Isaïe qu’il commence, et il affirme que cette prophétie se réalise dans la prédication et la vie de Jean-Baptiste. Par ce rappel, il invite les disciples à rentrer dans la mémoire de la longue histoire d’amour de Dieu avec son peuple. Et en indiquant que l’on vient de partout, et en nombre, de la terre d’Israël voir et écouter Jean-Baptiste, il ouvre la porte aux hommes de toutes les nations.

Il nous faut noter que Jean vit comme un ascète. Comme si cette vie austère était une préparation à l’accueil du Messie. Mais il ne mâche pas ses mots : sa prédication est un appel à la conversion en vue du pardon des péchés. Il a dû en choquer plus d’un. Quoi ! Comment ? Nous, membres du peuple élu, enfants d’Abraham, respectueux de la Loi dans ses moindres détails, il faut que nous nous convertissions. Mais nous payons la dîme sur la rue et le fenouil ; nous ne dépassons pas, dans nos déplacements, les limites qui sont imposées, le jour du sabbat, à tous les fils d’Israël ; nous célébrons la pâque, et la fête des tentes, et celle de la dédicace. Et il faut que nous nous convertissions ?

Et il s’est trouvé au temps de Jean-Baptiste des dizaines, des centaines, peut-être des milliers de juifs pieux, au cœur droit, qui ont compris ce que Jean-Baptiste voulait dire. Ils attendaient le Messie. Le prophète leur annonçait qu’il allait venir bientôt. Sa parole était bue avec avidité. Bien sûr, les gens qui se pressaient auprès de lui ne réalisaient pas très bien comment ce Messie allait venir, mais il sentait que le monde dans lequel ils vivaient ne pouvait continuer d’aller comme il allait. N'en est-il pas de même aujourd'hui ?

Retenons donc que, dans ce moment d’attente, il nous est demandé de nous convertir, de changer notre cœur, de faire pénitence, dans l’attente de Celui qui vient. L’Avent est comme une sorte de carême avant la lettre. Comment pourrions-nous reconnaître Celui qui vient, si notre cœur est encombré ? Soyons dans la louange pour le don du baptême qui nous a été fait, et qui nous a fait renaître. Et que dans notre cœur, nous méditions toutes ces choses, avec amour, humilité, la louange aux lèvres et l’esprit tout à l’impatience de la venue du sauveur.

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Commentaire de Geneviève


« ...mais lui vous baptisera d’Esprit Saint. »



Qu’est-ce que ce baptême qui reste encore bien inconnu dans de nombreux territoires de l’Eglise actuelle - bien que ressorti des oubliettes notamment dans les communautés dites nouvelles. Mais qu’en est-il dans les paroisses ??? Et si je l’ai « reçu », qu’est-ce que j’en fais ???



Judith 16, 14« Que toutes tes créatures te servent,
Car tu as dit et elles ont existé,
Tu as envoyé ton esprit
Et il les a construites »



Voilà, Judith a tout dit. Quelque 200-300 ans avant Jean-Baptiste, avant Marc.
Tout le baptême dans l’Esprit est contenu dans les verbes : 5.
Une synthèse grandiose des Causes dans un raccourci au millimètre.


1. Que toutes tes créatures te servent

2. Car tu as dit

3. et elles ont existé

4. Tu as envoyé ton esprit
5. Et il les a construites.

Intention > le service de Dieu par tous
Sa Parole → notre existence
Envoi de son esprit, la troisième personne divine → notre construction
Le baptême dans (ou de) l’Esprit, que je peux demander à recevoir ou plus exactement dans lequel je peux demander à être plongé, quelles qu’en soient les modalités pratiques, met en action l’Adoration et la Contemplation = un travail qui me construit sans arrêt par le déploiement de leurs effets . Et par là il déborde en surabondance en construisant aussi bien la personne avec laquelle je suis en relation que les membres du groupe ou de la communauté dont je fais partie.

- L’Adoration: je reconnais que le Créateur est source de mon être. Je mets donc mon intelligence au service de l’amour et n’en fais pas le miroir d’elle-même en autocréation > sa Parole actue ma capacité d’être. Je suis toujours en acte. A l’intérieur du fait d’exister je vois ce qui demeure : nous sommes faits pour être enfants de Dieu. Dieu regarde la finalité. Il nous regarde de l’intérieur, voit notre désir. Jésus, ton dernier mot a été : j’ai soif ! Pour mettre en nous cette soif. Et la première chose que Dieu regarde en nous, c’est notre soif. Ce que tu veux, Jésus, c’est que notre cœur s’élargisse, que notre amour les uns envers les autres grandisse.
C’est là qu’intervient l’Effusion de ton Esprit = elle sort du dedans au dehors et non l’inverse sinon elle se tarit. Evacuer l’image d’un tonneau qui déverserait des ‘trucs’ bizarres sur nous au gré de caprices divins.
La caractéristique première de sa manifestation est la puissance.
Ainsi, « quand la terre était déserte et vide, (tohu bohu), le souffle de Dieu planait à la surface des eaux. Et Dieu dit : » >> une parole efficace = l’Esprit précède la parole et la rend efficace. La Parole est efficace car elle fait ce qu’elle dit.

- Contemplation ? La croissance repose sur l’esprit de service.
Comment ? Par les dons : les demander tous, les 7. Pas d’histoire de modestie. Et les exercer.
Et plus précisément par les charismes. Les charismes ? Non pas des choses que l’on possède : les uns en auraient, les autres pas ou juste un peu. Houlà ! Celui-ci a le charisme de guérison ? Non ! C’est le Seigneur qui guérit et parfois sans qu’il y ait une parole de connaissance, uniquement par une présence. Celui-là a le charisme de l’exhortation prophétique ? Houlala ! Qu’est-ce que c’est bien, tout ce monde qui suit... Quelle jalousie ! Quel orgueil en perspective ! Le contraire de la croissance. Les charismes qui participent à l’édification des personnes comme des groupes ou des communautés ne se planquent pas dans un sac. Un charisme n’existe que quand on l’exerce, juste le temps de l’exercice ni avant ni après, mais ce temps peut être à mon avis court ou long, selon l’occasion hic et nunc.

Deux exemples : ce peut être l’accomplissement d’un métier et durer des dizaines d’années. J’ai ainsi rencontré la semaine dernière une jeune fille de 16 ans en stage d’aide soignante dans une maison de retraite : à peine l’ai-je vue évoluer dans la salle à manger quelques minutes que j’ai pu lui dire ainsi qu’à sa mère : « j’ai rarement rencontré quelqu’un de si bien « fait » pour ce métier si difficile auquel elle se prépare. » Réponse souriante : " et bien je suis contente de ce que vous me dites. Cela confirme bien son choix. Figurez-vous qu’à l’âge de 7 ans, elle voulait déjà faire ce métier et qu’une mamie lui a dit la même chose : qu’elle était faite pour ça. " = Une adéquation qui se réalise dans un acte. Etre à l’aise, aimer ce qu’on fait. Avec une confirmation venant de l’extérieur. Elle a bien de la chance d’avoir reçu une telle assurance, si jeune.

En deux, simplement, parmi la multitude de témoignages venant de tout bord – car le baptême de l’Esprit ainsi que les dons et les charismes, ne sont pas réservés à une catégorie de gens mais ouverts à tous - voici le dernier exemple personnel en date d’hier « un texte inspiré ».
Si je me suis arrêtée tout de suite lors de ma méditation de cet évangile à l’expérience du « baptême dans l’esprit », autant la manière la plus sobre possible de l’expliciter s’éloignait chaque jour un peu plus, tant je voyais de ‘ choses ’ à dire à ce sujet et toutes également importantes et patati et patata : je me sentais intarissable sur le sujet mais par conséquent avec un résultat prévisible tout à fait indigeste. Alors je me suis tournée vers Dieu et lui ai simplement adressé cette prière de demande : Seigneur, tu sais que ce n’est pas mon genre habituel mais cette fois, voudrais-tu me donner une parole, juste une parole de toute la Bible, une toute petite, qui expliquerait l’essentiel de ce qu’est le baptême dans l’Esprit? Alors j’ai ouvert la Tob et mes yeux sont tombés sur la parole de Judith.
Juste un clin d’œil en passant – rien d’autre - qui m’a amusée. Je l’oublierai. Ma mémoire commence à partir au loin de toute façon.

Encore une précision en passant : pour la personne qui exerce un charisme, cela ne signifie pas en parallèle la manifestation d’une spiritualité plus ‘avancée’ que celle du lot dit commun, voire d’une sainteté extraordinaire – aucun rapport, si ce n’est celui de contribuer aussi au travail de sa marche vers une conversion toujours en route – comme tout un chacun.
Ce qui prime, c’est qu’il s’agit d’un exercice de l’Esprit et dans l’Esprit, en conformité avec l’Ecriture : C’est Dieu qui vient et nous avançons dans l’amour particulier envers chacune des Trois Personnes Divines, dans leur unité et leur distinction, et envers notre prochain. Surtout ne pas en faire un programme mais en avoir le cœur brûlant.

Etre l’acteur ou le récepteur d’un charisme, peu importe, le tout c’est d’accueillir la grâce qui nous visite, et d’avancer sur le Chemin à la suite de Jésus Ressuscité, « un homme parti en voyage » vers nous, « qui a laissé sa maison », « a confié à ses serviteurs » que nous sommes potentiellement, « l’autorité » , l’autorité de son Père qui fait grandir et ne massacre pas, « à chacun sa tâche » propre avec l’ordre de « veiller » , une veille de désir, un désir donné dans ce baptême.



Croître.Non pas grâce à un cours magistral, mais en faisant des T.P. ici et maintenant, le plus possible. C’est notre travail de veille.





Sinon la chrétienté s’étouffe car elle ne respire plus, elle n’a plus d’Air, elle maigrit, se ramollit, se rapetisse car elle se vide de sa vie, de la Vie.



Merci à l’auteur de Judith !


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Evangile du Dimanche 20 novembre



Matthieu 25, 31-46

Jésus parlait à ses disciples de sa venue :
31 « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, accompagné de tous ses anges, alors il siégera sur son trône de gloire.
32 Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres.

33 Il placera les brebis à sa droite et les chèvres à sa gauche.
34 Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde.

35 Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli ;

36 nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison et vous êtes venus à moi.


37 Alors les justes lui répondront : « Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire ?

38 Quand nous est-il arrivé de te voir étranger et de te recueillir, nu et de te vêtir ?

39 Quand nous est-il arrivé de te voir malade ou en prison, et de venir à toi ?

40 Et le roi leur répondra : « En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait !

41 Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : « Allez-vous-en loin de moi, maudits, au feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges.

42 Car j’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’ai eu soif et vous ne m’avez pas donné à boire ;

43 j’étais un étranger et vous ne m’avez pas recueilli ; nu et vous ne m’avez pas vêtu ; malade ou en prison, et vous ne m’avez pas visité.

44 Alors eux aussi répondront : « Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé ou assoiffé, étranger ou nu, malade ou en prison, sans venir t’assister ?

45 Alors il leur répondra : « En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait.

46 Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes à la vie éternelle.»


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Commentaire de Philippe


Le Fils de l’homme, celui que les contemporains de Jésus ont connu, avec qui ils ont conversé, ou qu’ils ont condamné, ce Fils de l’homme est Roi. Du Royaume, il en a souvent parlé. Mais il n’a pas été écouté. Dans ce passage, Jésus rappelle qu’il est le Souverain, qu’il a reçu de son Père le pouvoir de juger les NATIONS et les PERSONNES, et celui de sanctionner leur conduite. Mais Jésus est aussi le Berger chargé de veiller sur le troupeau. Curieusement, le troupeau est présenté ici comme très hétérogène, puisqu’il est composé de brebis et de chèvres qu’il convient de séparer, après qu’elles ont cohabité tout au long du jour. Pourquoi faut-il séparer les brebis des chèvres ?

Dans certaines traductions de cette péricope, le mot chèvre est rendu par celui de bouc. Manifestement, Jésus oppose les brebis à ces chèvres. Les premières donnent vie aux agneaux, l’animal pascal des juifs, et Jésus lui-même est dit Agneau de Dieu ; les secondes sont des animaux chargés de malédiction, et la cérémonie du Bouc émissaire, est là pour nous rappeler la lourde charge symbolique qui pèse sur le mâle de cette espèce animale.



Ainsi, dès le début de son enseignement, Jésus distingue et oppose ceux des hommes qui se sont comportés comme des brebis, et ceux d’entre eux qui ont été des chèvres. On a tendance à croire que dans sa miséricorde, Dieu ne fait pas et ne fera pas de distinction entre les hommes. Or ce n’est pas ce que Jésus dit, et la parole de Jésus « ne passera pas ». Nous devons assumer la responsabilité de nos choix et de l’usage de notre liberté. Et nous ne pouvons pas échapper à leurs conséquences. C’est le prix de notre dignité.


Poursuivons. Il y a dans la Torah deux commandements essentiels : aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit, et un autre qui lui est équivalent : aimer son prochain comme soi-même. Dans ce passage, Jésus ne fait pas allusion à ces deux commandements, mais il les confond en un seul, celui de l’amour du frère dans la détresse, qui a faim, qui est nu, qui a soif, est emprisonné, à qui il s’identifie. Plus curieusement encore, Jésus loue ces brebis qui ont témoigné de la compassion pour l’autre sans avoir conscience que c’était le Fils de Dieu qu’elles servaient, aidaient, aimaient. Il y a là un enseignement très important pour nous : Jésus loue l’humanité de l’homme qui est compatissant, et il n’excuse pas l’ignorance et l’inhumanité de ceux qui ignorent dans la détresse du frère la détresse du Fils de l’homme.


Il y a dans l’Evangile au moins deux passages où l’humanité de l’homme est louée par Jésus ou soulignée par les évangélistes, et qui préfigurent les critères du jugement dernier : celui du centurion qui déclare n’être pas digne de recevoir Jésus chez lui, et celui de l’officier romain qui aux pieds de la croix déclare « vraiment celui-ci était le Fils de Dieu ». Tous les deux ignoraient la nature divine de Jésus, et la découvrent en le rencontrant dans un face-à-face plein d’attente ou dramatique. Tous deux sont des étrangers à la foi juive. Oui, ce ne sont pas ceux qui disent « Seigneur, Seigneur » qui honorent Dieu, mais bien ceux qui font, même sans le savoir, sa volonté. Voilà qui invite les chrétiens à beaucoup d’humilité. Cette qualité ne suffit pas au salut. Il y faut une foi vive, une charité active et une espérance inébranlable.


Seigneur donne-nous, donne-moi des yeux pour voir, des oreilles pour entendre et un cœur pour pleurer avec ceux qui souffrent.


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Commentaire de Geneviève



Allons bon ! Voilà que notre Seigneur, pour nous parler de sa venue dans sa gloire, n’y va pas par quatre chemins ! Et à peine engagée dans le parcours, me voici entourée d’interrogations que je ne me suis jamais posées.

D’une part, il sera accompagné de tous ses anges et de l’autre toutes les nations seront rassemblées (païennes ou non d’ailleurs à mon avis), sans exception. Dans quel but ?
Tout le monde est là et présent. Et je commence par me demander : mais enfin Il est là, en chair et en os, et il parle de sa venue ??? Comment est-ce possible ?
Ensuite question rassemblement et unité, la première chose qu’il fait ce n’est pas de leur parler à tous mais de couper. Il ne divise pas le peuple, il sépare et seulement après il parle à chacun de chaque groupe. Un travail de berger ?
Mais au fait, à propos de berger : une question préalable qui me reste pour le moment sans réponse car je n’ai trouvé personne jusqu’à présent qui puisse me la donner : pas d’éleveur dans mon horizon montagnard pour me dire si effectivement un berger sépare les brebis d’avec les chèvres dans la gestion de ses troupeaux et dans ce cas, pourquoi ?
Et au final, Lui, le Fils de l’homme, envoyé par son Père pour nous ramener à Lui, envoie, au moment de leur mort, après comptage de leurs actions charitables envers les plus petits, les uns à la vie, les autres à la mort. En plus l’une et l’autre éternelle. De quoi avoir les chocottes durant toute sa vie à la perspective de passer au tribunal ou se détourner d’une Eglise qui annonce ce paiement tarifaire comme une Bonne Nouvelle... Comment est-ce possible de dire une chose pareille ? Une exigence qui aboutit à une telle violence me heurte tout de même, tant elle me semble éloignée de l’image qui s’installe de plus en plus aujourd’hui pour Le rendre recevable en quelque sorte, celle d’un Jésus toujours prêt à pardonner.
En plus, tout ça, expédié en quelques phrases et réceptionné comme un coup de massue : ça fait beaucoup à intégrer, comme on dit aujourd’hui.

Pourtant au fil de ma lecture je vois se dérouler en arrière-fond une vision d’espérance - que j’aime beaucoup - d’un prophète qui, 8 siècles auparavant, ‘remuait déjà le cocotier’ et éclaire les paroles présentes de Jésus : Michée.
« En ces jours-là – oracle du Seigneur – je rassemblerai ce qui boite, je réunirai ce qui est dispersé, ce que j’ai maltraité...Ecoutez, montagnes, le procès du Seigneur...On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien, ce que le Seigneur exige de toi...t’appliquer à marcher avec ton Dieu... La voix du Seigneur appelle la ville – il sauvera ceux qui craignent son nom....A quel Dieu te comparer, toi qui ôtes le péché, toi qui passes sur les révoltes...De nouveau il nous manifestera sa miséricorde, il piétinera nos péchés. Tu jetteras toutes leurs fautes au fond de la mer... »


Ce Dieu-là, mon Dieu, où est-il, où êtes-vous dans cet évangile ?


Encore une question : celle je me suis tout de suite posée et qui me guidera tout du long se portera vers ces brebis, vers ces chèvres, à qui nous sommes plus que comparés : assimilés... Le moins que l’on puisse dire, c’est que les brebis s’en sortent mieux que les chèvres mais pourquoi ces pauvres chèvres subissent-elles une telle charge négative et sont-elles liquidées dans un néant définitif ? Qu’est-ce qu’elles ont bien pu faire faire ou qu’est-ce qu’elles ont de travers pour mériter un tel châtiment ?

Que penserait l’une de mes amies qui vient d’acquérir un petit troupeau de chèvres pour sa joie personnelle tant elle les aime ?
Personnellement moi aussi j’apprécie et les brebis et les chèvres, les deux – au point de ne pas les séparer en dégustant leur principale richesse : leur lait. Ainsi depuis des années, chaque matin, je me délecte de deux yaourts, l’un au lait de brebis, l’un au lait de chèvre. Franchement pensez-vous, ce n’est pas une base de commentaire biblique ‘digne’. Et pourtant si : c’est mon point de départ.
Il doit y avoir entre elles une différence fondamentale qui justifie la décision de Jésus sinon il n’agirait pas ainsi. Quelle est-elle ? De prime abord je ne la vois pas. Je dois la trouver car elle existe. Je vous avoue que, me glisser dans la peau d’un enquêteur tout azimut pour découvrir une telle raison - [NB. que maint exégète de base doit sans doute connaître depuis des lustres] - mais qui, pour moi, en ce début de lecture, est inconnue, me passionne. De toute manière, me dis-je, quel que soit le résultat, je continuerai à me réjouir tous les matins devant l’un des mets des plus délicieux de la création.
Alors je me suis livrée à une véritable exploration de la nature et de l’identité de chacune, de leurs caractéristiques respectives, aussi bien sous l’angle de leurs symboles dans différentes civilisations que celui de leurs traits physiques, mentaux et comportementaux, pour leur contribution ou non à l’équilibre humain – car bien que de la même famille, elles appartiennent à des espèces bien séparées.

- Un état des lieux rapide du symbolisme religieux et rituel des moutons et des boucs, donc des brebis et des chèvres, montre qu’il a commencé avec les premières religions déjà il y a 8000 ans : les variantes et variations de ‘leur image’ jusqu’au cœur de la Bible nécessiteraient une étude exhaustive digne d’une thèse de doctorat – un travail de recherche qui visiterait aussi bien l’Inde védique que les peuplades de Chine, les rites du dieu Odin chez les Germains que la tradition irlandaise. Par exemple, dans la mythologie grecque, la chèvre est même devenue une étoile et une constellation : en guise de remerciement pour l’avoir allaité enfant, Zeus l’honore en la plaçant dans le ciel, le Capricorne. Déjà des Romains puis des Syriens portaient un vêtement nommé cilicium, tissé de poil de chèvre, lors de la prière, pour exprimer leur union à la divinité - idem le port ascétique du cilice chez les chrétiens. La vertu sacrificielle des boucs, avec le processus d’identification qu’implique tout sacrifice d’une victime, apparaît aussi bien dans les fêtes de Dionysos que dans la Bible, par exemple dans le Lévitique : il y exprimera l’expiation des péchés, les impuretés d’Israël, pour finalement et par détournement du sens de la force vitale, la libido, devenir expression de la luxure et donc signe de malédiction, principalement dans notre Moyen Age.
Les brebis elles, connaissent également des traitements opposés, des polarités bénéfiques comme maléfiques selon des contrepoids variables dépendant de leur aire culturelle, de l’Orient à la Gaule ou à l’Afrique noire.
Devant cette chaîne symbolique quasi identique où chèvres et brebis sont associées à un mouvement qui les emporte, selon le cas, du divin au satanique, qu’en est-il de leur « état » dans l’explication que donne Jésus ?
D’abord Jésus les sépare : je ne peux que revoir l’acte créateur de la séparation des éléments pour qu’ils puissent exister → Et Dieu vit que cela était bon.
Brebis et chèvres sont par conséquent des créations « bonnes » au départ, à titre égal.
Alors que se passe-t-il ou que s’est-il passé pour que son Fils discerne et décide de placer les unes à droite, vers la vie et les autres à gauche, vers la mort ? Et que comme berger, il en porte la responsabilité ?

-Puisque le regard symbolique ne m’éclaire pas plus, je m’en vais du côté de l’aspect nutritionnel, pour apprendre que l’apport énergétique du lait de la brebis est quasiment le double de celui de la chèvre, idem pour la plupart des minéraux, des vitamines et des oligo-éléments.

-Mais cet argument ne me semble pas suffisant. Toujours pas plus d’éclaircissement : voyons alors leur caractère propre.Il est connu que les moutons aiment suivre un meneur ; de plus tout berger sait qu’avoir une nourriture en mains les attire et que les conduire ensuite est plus aisé.

Mais oui ! C’est ça !!! TILT : La chèvre de Monsieur Seguin ! Tout simplement :
* La brebis obéit à l’ordre du berger.
* La chèvre, quant à elle, suit sa propre volonté, elle suit ses impulsions. Plus intelligente paraît-il que la brebis, un QI en 2ème position , mais d’une intelligence que je qualifie de diabolique : elle fait ce qu’elle veut. " Que rien ne l'empêche de brouter à sa guise..." Des caprices ! Résultat: elle vit complètement à l’envers et ne suit qu’elle-même dans un tournoiement... mortel.
Toute la vie éternelle repose sur ce choix de liberté liée à ma responsabilité: ou je fais ce que je veux ou je suis la volonté de Dieu Trinité, qui veut mon bonheur et je le fais avec Lui, par Lui, pour Lui et en Lui et ou je le fais moi-même, avec moi-même, par moi-même, pour moi-même et à terme en moi-même jusqu’à étouffer ...et à en crever.
Merci à vous, Alphonse Daudet, pour cette découverte initiale...

Ce qui va me faire entrer plus pleinement encore dans tout le mystère de cet évangile ? Ce sera aussi un écrit mais d’un autre registre, extrait de la Lettre encyclique ‘‘Deus caritas est ’’ de Benoit XVI sur l’amour chrétien.« Cela fait partie des développements de l'amour vers des degrés plus élevés, vers ses purifications profondes, de l'amour qui cherche maintenant son caractère définitif, et cela en un double sens : dans le sens d’un caractère exclusif – «cette personne seulement» – et dans le sens d’un «pour toujours». L’amour comprend la totalité de l’existence dans toutes ses dimensions, y compris celle du temps. Il ne pourrait en être autrement, puisque sa promesse vise à faire du définitif : l’amour vise à l’éternité. Oui, l’amour est «extase», mais extase non pas dans le sens d’un moment d’ivresse, mais extase comme chemin, comme exode permanent allant du je enfermé sur lui-même vers sa libération dans le don de soi, et précisément ainsi vers la découverte de soi-même, plus encore vers la découverte de Dieu ... Dans le «culte» lui-même, dans la communion eucharistique, sont contenus le fait d’être aimé et celui d’aimer les autres à son tour. Une Eucharistie qui ne se traduit pas en une pratique concrète de l’amour est en elle-même tronquée. Réciproquement, – comme nous devrons encore l’envisager plus en détail – le «commandement» de l’amour ne devient possible que parce qu’il n’est pas seulement une exigence: l’amour peut être «commandé» parce qu’il est d’abord donné.
Tandis que le concept de “prochain” se référait jusqu’alors essentiellement aux membres de la même nation et aux étrangers qui s’étaient établis dans la terre d’Israël, et donc à la communauté solidaire d’un pays et d’un peuple, cette limitation est désormais abolie. Celui qui a besoin de moi et que je peux aider, celui-là est mon prochain. Le concept de prochain est universalisé et reste cependant concret. Bien qu’il soit étendu à tous les hommes, il ne se réduit pas à l’expression d’un amour générique et abstrait, qui en lui-même engage peu, mais il requiert mon engagement concret ici et maintenant. Cela demeure une tâche de l’Église d’interpréter toujours de nouveau le lien entre éloignement et proximité pour la vie pratique de ses membres. Enfin, il convient particulièrement de rappeler ici la grande parabole du Jugement dernier(cf. Mt 25, 31-46), dans laquelle l’amour devient le critère pour la décision définitive concernant la valeur ou la non-valeur d’une vie humaine. Jésus s’identifie à ceux qui sont dans le besoin: les affamés, les assoiffés, les étrangers, ceux qui sont nus, les malades, les personnes qui sont en prison. «Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait» (Mt 25, 40).
L’amour de Dieu et l’amour du prochain se fondent l’un dans l’autre: dans le plus petit, nous rencontrons Jésus lui-même et en Jésus nous rencontrons Dieu. »


J’ajoute que l’identité du ‘petit’ n’obéit pas exclusivement à des critères de pauvretés visibles et repérables sociologiquement. D’ailleurs, depuis toujours je trouve que, souvent, ce sont les grands, les riches, les politiques, les puissants de tout bord, qui sont les plus petits et dans une situation de besoin voire de détresse. Or ils sont volontiers laissés de côté, méprisés, abandonnés, sous prétexte qu’ils trop riches extérieurement, qu’ils appartiennent à une caste plus élevée. Quelle erreur !
Nous sommes donc à nouveau dans une question de DON réciproque, dans une relation d’amour qui se passe au présent, dans mon présent aujourd’hui et pas du tout dans un futur qui n’existe pas et serait en plus totalement soumis à un passé qui n’existe plus. Et notre pasteur nous rend attentifs à la conséquence de cette relation de cause à effet, qui comprend la totalité de mon existence dans toutes ses dimensions y compris le temps.



Mon Dieu, jamais Tu ne lies de fardeaux sur mes épaules mais Tu m’invites toujours à avancer au grand large, à Te donner tout mon être, ainsi que l’ont découvert les saints et qui le sont devenus essentiellement pour cette raison, chacun dans son environnement et son époque.



Le chemin vers la sainteté, celui de la chèvre qui devient brebis, n’est-il pas ainsi accessible à tout un chacun? Quel itinéraire de croissance jusqu’à la dernière minute !


C’est ainsi que je suis aujourd’hui dans la vie éternelle : elle n’est pas devant moi ou après ma mort. Tout ce que je fais porte en soi l’éternité : les gestes les plus humbles comme les actes les plus percutants ne sont pas des pierres froides mais, donnés dans un rayonnement, ils jalonnent une vie éternelle qui se donne à vivre jour après jour dans mon quotidien souvent au ras des pâquerettes – car dans ces « pâquerettes », il y a réellement et toujours la vie de Pâques, celle de la Résurrection à laquelle nous sommes conviés en toute liberté, déjà tout au long de notre parcours terrestre. Mais, si, comme la chèvre je veux aller, "à ma guise", brouter une herbe qui me semble plus verte : c’est mon choix, c’est l’exercice de ma liberté que Dieu respecte - jusqu’au bout. Et le cœur en larmes – car il m’aime complètement. Mais la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de son Amour pour chaque personne, je crois que nous n’en avons pas idée. Michée, lui, l’a eue.
Et elle me paraît correspondre de plus en plus à l’appel et à l’attente de notre époque : une Miséricorde totale, reçue parce qu’expliquée > un travail de compréhension, d’appropriation d’une mise à jour suivi d’un ajustement de son comportement.


Vais-je être une chèvre ou une brebis?


Vais-je décider ou non d’entrer dans l’Apocalypse, dans le Royaume des Cieux auquel nous participons par héritage et qui est déjà maintenant parmi nous dans son Dévoilement chaque fois que l’un de nous donne la main à son frère en humanité ? Combien peuvent témoigner d’avoir déjà été « au Ciel » ici et maintenant ! Quel dynamisme une action fraternelle si minime d’apparence soit-elle envers celui qui m’est proche entraîne-telle dans nos existences ! Et par voie de rayonnement dans la croissance de la communauté ecclésiale dont je fais partie : chaque rencontre fait naître sans cesse l’Eglise : par mon geste, par ma parole, Jésus croise de nouveau quelqu’un sur son chemin... de Galilée. Quel que soit mon pays, il sera alors une nouvelle Galilée du XXIe siècle, le pays de l’Evangile vivant. Et la relation que j’ai établie sera un sacrement de vie.Notre lot : Petitesse ? Pauvreté ? Précarité ?« Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume... » Luc 12, 32


Seigneur, berger de toutes les nations,
tout simplement, que je sois une brebis - pas une chèvre,
que mon milieu d’appartenance chrétienne soit une brebis - pas une chèvre.
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dimanche 16 octobre 2011

Evangile du Dimanche 6 novembre


Matthieu 25, 1-13

1 Alors il en sera du Royaume des cieux comme de dix jeunes filles qui prirent leurs lampes et sortirent à la rencontre de l'époux.
2 Cinq d'entre elles étaient insensées et cinq étaient avisées.
3 En prenant leurs lampes, les filles insensées n'avaient pas emporté d'huile ;
4 les filles avisées, elles, avaient pris, avec leurs lampes, de l'huile dans des fioles.


5 Comme l'époux tardait, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent.


6 Au milieu de la nuit, un cri retentit : « Voici l'époux ! Sortez à sa rencontre. »


7 Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et apprêtèrent leurs lampes.


8 Les insensées dirent aux avisées : « Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent. »


9 Les avisées répondirent : « Certes pas, il n'y en aurait pas assez pour nous et pour vous ! Allez plutôt chez les marchands et achetez-en pour vous. »


10 Pendant qu'elles allaient en acheter, l'époux arriva ; celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et l'on ferma la porte.


11 Finalement, arrivent à leur tour les autres jeunes filles, qui disent : « Seigneur, seigneur, ouvre-nous ! »


12 Mais il répondit : « En vérité, je vous le déclare, je ne vous connais pas.


13 Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure. »




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Commentaire de Philippe





Première réaction à la lecture de ce texte : il est bien dur cet époux qui refuse aux jeunes filles écervelées l’entrée de sa maison. Comment peut-il dire qu’il ne les connaît pas alors qu’avec les sages jeunes filles, sa famille les avaient aussi choisies comme les coryphées de la fête ? Toutes, sages ou imprévoyantes, elles avaient accepté de veiller une partie de la nuit, et fatiguées d’attendre, toutes s’étaient assoupies. Elles s’étaient toutes équipées de lampes à huile, et il y en avait de l’huile, puisque l’exclamation dépitée de celles que la tradition appelle aussi les vierges folles, indique que les lampes s’éteignent ou vont s’éteindre.

Où se cache donc la différence entre ces deux groupes ? C’est que les unes avaient une provision d’huile pour le cas où…, tandis que les autres n’en avaient pas assez. Notons que les sages ne sont pas très charitables, en apparence en tout cas, puisqu’elles refusent de partager leur réserve avec les imprévoyantes. Mais à regarder de près le texte, elles constatent justement que le partage n’aurait pas les conséquences attendues, puisque tout le cortège nuptial se trouverait démuni, et il ne serait plus possible de fêter dignement le retour de l’époux en éclairant ses pas. Les imprévoyantes, mesurant l’erreur qu’elles sont commise, vont s’empresser d’acheter de l’huile chez le marchand. Une telle démarche est bien curieuse. Quelle chance ont-elles d’en trouver au milieu de la nuit ? La quête risque d’être vaine, et il leur faudra attendre le lever du jour pour que le marchand soit à même de répondre à leur demande.

Autre curiosité. En général, à un mariage l’époux, l’épouse, et les amis sont réunis dans la salle de noce. Dans cette parabole, il n’est question que de l’époux, et de l’attente de son retour ; c’est qu’il s’est absenté. De plus l’attente se fait à l’extérieur de la demeure nuptiale, et dans un mouvement de joie et de désir. Il s’agit d’aller à la rencontre de l’époux. En réalité, les noces ont déjà eu lieu, sinon la parabole n’utiliserait pas ce terme. Alors la demeure est celle de la famille de l’époux.


Enfin, il faut remarquer que l’époux se fait attendre. A ce point du texte, autre curiosité. Les jeunes filles marchent à sa rencontre et il tarde à venir, comme si cette marche était sans mouvement. C’est du reste dans l’immobilité du sommeil qu’elle s’interrompt au milieu de la nuit, dans l’obscurité, puisque les lampes sont volontairement éteintes en attendant qu’arrive celui que tous désirent rencontrer, célébrer, féliciter. Et il vient à un moment inattendu de ce moment de ténèbres, à l’improviste en quelque sorte, se glissant dans l’épaisseur de l’attente.


Jésus veut nous dire quelque chose. « Vous ne savez pas quand je surgirai au milieu de la nuit. » Cette venue a une double dimension temporelle : celle du surgissement du Ressuscité dans l’éblouissant face-à-face qui suivra notre mort, celle de son retour glorieux à la fin des temps. Il est l’époux de l’Eglise, et l’absence apparente de l’épouse dans la Parabole souligne sa mystérieuse réalité, humano-divine : un pied dans l’histoire terrestre, un pied dans la salle ou le Vivant siège sur son trône de gloire. Les jeunes-filles (traduit souvent par "vierges") sont le symbole de l’innocence et de la pureté de vie. Mais il ne leur suffit pas de le signifier par leur appellation, il faut encore qu’elles le traduisent dans le concret des jours : l’huile des lampes, n’est-ce pas la louange, la prière, la foi en la miséricorde du Père manifestée aux hommes par Jésus ? Celui-ci ne dit-il pas : «La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, Père "


Cette Parabole est une puissante invitation à demeurer dans l’amour de Jésus. Nous ne pouvons le faire sans le secours de l’Esprit Saint. Il nous est demandé aussi de rester dans l’attente paisible et confiante de notre Maître.




Alors nous pouvons dire : « Viens, seigneur Jésus ».


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Commentaire de Geneviève




Au fur et à mesure de mon entrée dans cette parabole, j’ai été poussée à aller voir ce qui se passait avant et après cet enseignement, pour mieux approcher et de sa cause et de son but.
Son origine :
- « Car désormais vous ne me verrez plus, jusqu’à ce que vous disiez : béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! 23, 38
- ...Les disciples s’avancèrent vers lui, à l’écart, et lui dirent : Dis-nous quand cela arrivera, et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde. 24, 3
...Prenez garde que personne ne vous égare... Par suite de l’iniquité croissante, l’amour du grand nombre se refroidira ; mais celui qui tiendra jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé. Cette bonne Nouvelle du Royaume sera proclamée dans le monde entier : tous les païens auront là un témoignage. Et alors viendra la fin. 24, 13-14
-Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur va venir...24,42. Heureux le serviteur que le maître en arrivant trouvera en train de faire ce travail. 24, 46
Car à tout homme qui a, l’on donnera et il sera dans la surabondance...Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dans les ténèbres du dehors. 25,30

Sa finalité :
Or, quand Jésus eut achevé toutes ses instructions, il dit à ses disciples : « Vous le savez dans deux jours ; c’est la Pâque : le Fils de l’homme va être livré pour être crucifié... »26, 2


Nous voici à nouveau dans le don, le don réciproque, une affaire de NOCES. C’est bien simple. Pour qu’elles puissent se réaliser, tout réside dans LA PORTE de la salle des noces: ou bien la porte est ouverte ou bien elle est fermée.

Pour qu’elle soit ouverte et que l’acte nuptial puisse avoir lieu entre tous les hommes sans exception et Dieu = les Trois personnes divines, une préparation s’avère être la condition sine qua non : avoir toujours de l’huile dans sa lampe.
Des indications curieuses quant à sa raison d’être : cette lampe à huile n’est pas destinée à éclairer le chemin, à mieux voir dans la nuit, vu que les insensées, sommées d’aller en acheter à l’extérieur elles-mêmes, y voient très bien dans les ruelles sombres de la cité...
Et nous pouvons même dormir en attendant cette venue de l’Epoux – qui tarde – mais pas question même de dormir sans provision d’huile. Pas question non plus d’en solliciter auprès de ceux qui en ont une réserve : ce n’est plus l’heure de mendier car cette huile est personnelle.

Car il s’agit d’une rencontre d’Alliance: chacun, chacune est invité à aller à la rencontre de cet Autre, qui lui aussi vient vers chacun, chacune. Et cela ne peut se faire que dans l’huile de l’effusion de l’Esprit qui tressaille dans notre cœur et dans notre corps, à l’exemple de cette jeune fille, notre première grande sœur, Marie. L’esprit de Dieu a fondu sur elle comme pour Saül bien des siècles auparavant, lorsque Samuel prit la fiole d’huile, la lui versa sur la tête... « Alors fondra sur toi l’esprit du Seigneur... et fais tout ce que tu trouveras à faire car Dieu est avec toi. » 1 Samuel 10
Alors la question que je me pose est : qu’en est-il de la situation de ma fiole d’huile personnelle?
Une comparaison bien simple: une voiture ne peut avancer sans essence. Ainsi je ne peux avancer sans « huile » c’est-à -dire sans l’exercice régulier de mes dons que j’ai pu apprendre à connaître ou de ceux que je n’ai pas beaucoup ou pas du tout et que je demande dans une prière commune pour un meilleur travail dans la Vigne.
Le fonctionnement d’une lampe à huile reposant sur le principe de capillarité qui lui permet de monter à l'intérieur de la mèche, l'explication physique de ce phénomène est donc celui du principe des vases communicants = encore un don réciproque qui, non seulement participera, avec d’autres moyens, tels les sacrements, à ma croissance spirituelle. Et, à terme, à sortir à la rencontre de l’époux, à être prête pour entrer avec lui dans la salle de noces - dont la porte se fermera, je l'espère.




Avec, je l’espère aussi, ces mots : " je te connais "
Seigneur, ce sera ma prière pour aujourd'hui.



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dimanche 2 octobre 2011

Evangile du Dimanche 16 octobre


Matthieu 22, 15 - 21

15 Alors les Pharisiens allèrent tenir conseil afin de le prendre au piège en le faisant parler.

16 Ils lui envoient leurs disciples, avec les Hérodiens, pour lui dire :
« Maître, nous savons que tu es franc et que tu enseignes les chemins de Dieu en toute vérité, sans te laisser influencer par qui que ce soit, car tu ne tiens pas compte de la condition des gens.
17 Dis-nous donc ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer le tribut à César ? »

18 Mais Jésus, s'apercevant de leur malice, dit : «Hypocrites ! Pourquoi me tendez-vous un piège ?
19 Montrez-moi la monnaie qui sert à payer le tribut.» Ils lui présentèrent une pièce d'argent.

20 Il leur dit : « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? »

21 Ils répondent : « De César.» Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »


Commentaire de Philippe


Je trouve ce récit fascinant. Il met en relief la présence d’esprit, l’intelligence supérieure, et l’humour de Jésus dans son humanité. Voilà donc des interlocuteurs qui s’avancent vers lui comme masqués, en catimini, pourrait-on dire, comme d’humbles disciples en quête d’un enseignement nourrissant pour leur vie. Il faut noter que les pharisiens ont cru bon d’associer à leur tentative des hérodiens, des gens qui, de près ou de loin, parce qu’ils soutiennent HERODE, sont des alliés secrets du Romain, le Romain détesté. Voilà déjà un curieux mélange de mauvaise foi, de cautèle et d’esprit tordu. En se mettant à plusieurs, on a plus de chances de le coincer, ce Jésus, doivent se dire tous ces braves gens. Et il a fallu tenir conseil, délibérer, avant de prendre cette difficile décision. Il s’agit de prendre au piège de ses propres paroles cet empêcheur de tourner en rond. La scène est plantée.


Le deuxième temps de la manœuvre est sidérant de duplicité. On caresse Jésus dans le sens du poil : il est franc, Jésus, il dit la vérité sans se laisser influencer, il ne fait pas acception des personnes. On va donc voir ce qu’on va voir : c’est au nom de la vérité qu’ils commettent cet action de mensonge ; c’est que la vérité, ils ne peuvent la regarder en face, mais ils sont décidés à s’en servir contre Celui qu’ils veulent perdre. Et voilà qu’ils vont poser à Jésus une question non pas religieuse, mais politique ou politico-religieuse : faut-il payer le tribut à un païen, un idolâtre, un tyran qui opprime le peuple élu ? Si c’est oui, les hérodiens seront confondus, mais les pharisiens pourront traîner Jésus devant le sanhédrin et l’inculper de blasphème, d’apostasie, de toutes sortes de déviances religieuses ; si c’est non, les pharisiens seront contents, car ils feront reposer sur la tête des hérodiens l’accusation de sédition et de rébellion qui ne manquera pas d’être porté contre Jésus auprès des Romains par l’intermédiaire d’HERODE qui tient son pouvoir de leur bon vouloir. Piège apparemment imparable.



Troisième temps : celui de la manœuvre retournée contre leurs instigateurs. Notons que la réaction de Jésus est immédiate : (a) il voit tout de suite le piège, ne se prive pas de le dire à ses interlocuteurs et de dénoncer leur hypocrisie ; (b) il trouve immédiatement la parade, et réduit les captieux a quia. Et, chose extraordinaire, il affirme la séparation des deux ordres, celui du politique et celui de la foi, ainsi que la légitimité du premier. Et ça en trois phrases, d’une concision, d’une précision, d’une pertinence éblouissantes.


C’est que la Parole de Dieu est tranchante comme une épée à deux tranchants.


Que le Seigneur nous donne d’être toujours aussi clairs dans nos opinions et nos affirmations sur sa divinité, nous donne la force de témoigner, et fasse que notre oui soit un oui et notre non, un non.



Commentaire de Geneviève



" Commencement de la création par Dieu du ciel et de la terre...et Dieu dit : “ Que la lumière soit ! ” Et la lumière fut.
Dieu vit que la lumière était bonne.
Dieu sépara la lumière ║ de la ténèbre. Dieu appela la lumière “ jour ” et la ténèbre il l’appela “ nuit ”... Dieu fit le firmament et il sépara les eaux inférieures au firmament ║ d’avec les eaux supérieures... Dieu dit : “ Que les eaux inférieures au ciel s’amassent en un seul lieu et que le continent paraisse ! ” Il en fut ainsi. Dieu appela “ terre ” le continent ; il appela “ mer ” l’amas des eaux.
Dieu vit que cela était bon.
Dieu dit : “ Qu’il y ait des luminaires au firmament du ciel pour séparer le jour ║ de la nuit, qu’il servent de signes tant pour les fêtes que pour les jours et les années et qu’ils servent de luminaires au firmament du ciel pour illuminer la terre. ” Il en fut ainsi...
Dieu vit que cela était bon. »

Séparation > Dieu voit que cela est bon.Voilà l’impulsion que Jésus, qui est venu pour faire la volonté de Dieu, nous invite à suivre.

Ni confusion, ni oscillation, ni déséquilibre, ni préférence, ni opposition mais unité dans la distinction et la différence des natures et des identités particulières. Jésus nous accompagne pour que nous allions toujours plus loin, que nous ne demeurions pas coincés, en voie d’étouffement dans une crevasse fabriquée de mains d’hommes.

Nous restons toujours dans l’espace du DON > Je ne peux rendre, restituer, redonner à quelqu’un que ce qu’il m’a donné en premier. Qu’il s’agisse de César (l’Etat à mon sens) ou de Dieu. Deux démarches de ‘Re-Don’ parallèles, concomitantes : elles ne s’excluent pas mais sont, toutes les deux et ensemble, « appelées » par Dieu à se réaliser.
Lieu de rencontre de deux espaces : celui de César, celui de Dieu .

* D’où le seul questionnement à se poser :
1. Qu’est-ce que César m’a donné et continue de me donner ? = Ce que j’ai à lui rendre.
→ Qu’est-ce que je lui rends ?

2. Qu’est-ce que Dieu m’a donné et continue de me donner ? = Ce que j’ai à lui rendre.
→ Qu’est-ce que je lui rends ?

* D’où la seule Espérance : non pas liquider l’un pour que l’autre vive, mais, avec les difficultés ou l’érosion apparente actuelle et de l’un et de l’autre,




« Rendez donc
à César ce qui est à César,

et
à Dieu ce qui est à Dieu. »




« porter un vêtement de noce ».

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