mardi 30 août 2011

Evangile du DIMANCHE 2 octobre


Matthieu 21, 33-43


33 « Ecoutez une autre parabole. Il y avait un propriétaire qui planta une vigne, l'entoura d'une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour ; puis il la donna en fermage à des vignerons et partit en voyage.
34 Quand le temps des fruits approcha, il envoya ses serviteurs aux vignerons pour recevoir les fruits qui lui revenaient.
35 Mais les vignerons saisirent ces serviteurs ; l'un, ils le rouèrent de coups ; un autre, ils le tuèrent ; un autre ils le lapidèrent.
36 Il envoya encore d'autres serviteurs, plus nombreux que les premiers ; ils les traitèrent de même.
37 Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : "Ils respecteront mon fils."38 Mais les vignerons, voyant le fils, se dirent entre eux : "C'est l'héritier. Venez ! Tuons-le et emparons-nous de l'héritage."39 Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent.
40 « Eh bien ! Lorsque viendra le maître de la vigne, que fera-t-il à ces vignerons-là ?»41 Ils lui répondirent : «Il fera périr misérablement ces misérables, et il donnera la vigne en fermage à d'autres vignerons, qui lui remettront les fruits en temps voulu.»42 Jésus leur dit : «N'avez-vous jamais lu dans les Ecritures : La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs, c'est elle qui est devenue la pierre angulaire ; c'est là l'œuvre du Seigneur : Quelle merveille à nos yeux ?43 Aussi je vous le déclare : le Royaume de Dieu vous sera enlevé, et il sera donné à un peuple qui en produira les fruits.»

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Commentaire de Philippe

                Voilà une bien curieuse vigne ! Une tour ? Un pressoir ? Mais d’habitude, on presse le raisin dans des bâtiments spéciaux et on le conserve dans des barriques ou, dans le cas présent dans des jarres de terre, bien au frais. Une tour pour quoi faire ? Pour surveiller la survenue des pillards ? Empêcher les grappilleurs de saccager les plus beaux ceps ? Sans doute tout cela.
C’est que la vigne représente Israël, un peuple choisi par Dieu, protégé par Lui, entouré de soins, enseigné par les événements de l’histoire (la sortie d’Egypte, la conquête de Canaan, la prise de Jérusalem par le Roi Nabuchodonosor, la déportation à Babylone, le retour d’exil après l’édit de Cyrus, etc.). En plus de ces événements, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob n’a cessé d’envoyer en Israël des prophètes pour appeler le peuple et ses dirigeants (des rois impies souvent) à la conversion. Rien n’y a fait. Ce "peuple à la nuque raide" a persisté dans ses erreurs et n’a pas vu venir l’accomplissement des temps (la venue de Jésus). Il n’avait cessé au cours de sa longue histoire de persécuter les vrais prophètes, ceux que Dieu avait chargés soigner sa vigne par leurs exhortations, leurs enseignements, leurs actes et leur vie. On les a moqués ; certains, tel Jérémie, ont été persécutés, et d’autres ont été tués. L’injuste traitement qui leur avait été réservé préfigurait celui qui serait infligé à Jésus en la personne de qui se résumeraient les moqueries (le manteau rouge dérisoire et le sceptre de roseau), les mauvais traitements (la flagellation et le portement de croix) et finalement la mort sur la croix.
Cette parabole est donc une prophétie de Jésus qui annonce sa Passion. Lui, le Fils bien-aimé, venu pour sauver le monde et non le condamner, voilà comment on va le traiter ! Et ce sont les persécuteurs eux-mêmes qui se condamnent puisqu’ils déclarent, en aveugle qu’ils sont, que les vignerons homicides méritent la mort, et la dépossession du bien que Dieu leur avait remis en fermage. Encore une prophétie de Jésus : la Bonne Nouvelle n’est pas réservée, n’est plus réservée au peuple élu, elle est pour tous les hommes.
Les fruits de la vigne, les beaux raisins, c’est le salut, c’est la vie éternelle et la vie éternelle c’est de connaître le Père auquel il n’est possible d’accéder qu’à travers Jésus. C’est aussi la vie dans l’amour du prochain. C’est le Royaume. Il ne faut pas se tromper, d’ailleurs. Le Royaume est déjà-là. Il y a du concret dans cette image. Ceux qui en goûtent possèdent déjà ce qu’ils espèrent.
Parabole terrible dans sa violence, résumé imagé de l’histoire de l’humanité ! Que le Seigneur nous garde de la tentation de céder à la bonne conscience : les fruits de la vigne c’est l’amour de Dieu et l’amour du prochain, en qui se résument les deux commandements que Jésus déclare semblable : tu aimeras Dieu de tout ton cœur, de tout esprit et de toute ton âme ; tu aimeras ton, prochain comme toi-même.
Seigneur, donne-nous un coeur nouveau pour accueillir ta parole de vie.




Commentaire de Geneviève


Encore une fois j’ai pu expérimenter cette semaine combien la Parole de Dieu vit dans notre présent, est active dans notre ordinaire. Je découvre vraiment à quel point recevoir un Evangile chez soi conduit à une aventure personnelle en quelque sorte parallèle que je me fais une joie de vous partager.

Mais commençons par le point de départ : nous sommes toujours dans le Temple. Jésus est dans sa Maison, celle de son Père. Il s’adresse aux chefs des prêtres et aux pharisiens. Des ‘sans nom’. Des maîtres de ce judaïsme qui trouve sa respiration dans deux poumons, la Loi (= la parole de Moïse) et l’exercice du culte – au Temple.

* J’avais l’intention d’évoquer le pourquoi du choix de Jésus, dans son souci constant d’enseigner non seulement ses disciples mais tous ceux qu’il approche ou qui l’approchent, de leur parler une nouvelle fois en parabole. En bon pédagogue, il sait que n’importe quel argumentaire rebondira sur ces plaques d’acier étincelant sans pénétrer ni le cœur ni l’intelligence mais que l’image, elle, a ce pouvoir naturel de s’infiltrer entre les boucliers pour toucher la personne. Mais y parviendra-t-il ?

*J’avais l’intention de ne pas aller plus loin que la description de cette vigne et de mon interprétation - tant elle m’a choquée dès la porte d’entrée dans cette autre parabole : un portrait si fermé. Un vignoble enfermé comme cela : existe-t-il quelque part des vignobles barricadés de la sorte ? Pour ma part je n’en ai jamais vu : ni sur les pentes dorées alsaciennes ni ailleurs. Ca commençait bien … Revenait à ma mémoire le souvenir de visites avec mes élèves ou d’autres jeunes que j’ai pu accompagner maintes fois dans un autre domaine, appartenant à un autre propriétaire mais un camp…de concentration, celui du Struthof. Un autre univers clos sans liberté ni dans la vie ni dans la mort. Surgissaient ces images d’autres clôtures mais en barbelés blessants, d’autres tours de garde mais des miradors, d’autres pressoirs mais qui partaient en fumée…

*J’avais l’intention de m’arrêter devant ce face à face terrible entre un collectif d’anonymes et un homme qui dit être le Fils de Dieu. Devant ce combat entre un groupe indistinct qui avance, l’épée au poing mais sous des boucliers, semblable à cette fameuse tortue romaine et un homme seul qui n’a à la main que la Miséricorde. Devant Jésus qui poursuit le combat de Josué contre toutes les forces du même Ennemi qui veut toujours détruire la Terre Promise, cette fois la Terre promise à tous les hommes, à tous les peuples : le Royaume de Dieu ou le Royaume des cieux. Un mode de vie et de pensée - non une terre fermée, clôturée avec des gardiens et dirigée par des chefs –appelés rois et grand-prêtres.

* J’avais l’intention d’insister sur cette violence dans laquelle nous sommes plongés : une gradation marquée trois pas, trois échecs et le quatrième, hors parabole, un échec réel exprimé dans la soi-disant parole d’un ‘on’.
Meurtres, vengeances, un climat mortifère permanent. Les protagonistes deviennent interchangeables et se transforment en doubles symétriques. Je voulais approfondir l’effet de miroir dans cette « violence mimétique ». Je voulais encourager à ce titre la lecture ou la relecture de René Girard pour mieux comprendre le système de raisonnement de ces vignerons et ainsi sortir de cette spirale étouffante du début à la fin – qui me guette aussi au premier tournant .

Et pourtant, écoutons avec eux cette parabole en tension extrême vers sa finalité :

« Aussi je vous le déclare : le Royaume de Dieu vous sera enlevé, et il sera donné
à un peuple qui en produira les fruits. »


* Dans mon cheminement à travers cet évangile, j’ai eu alors l’intention d’accomplir un nouveau voyage dans le monde des fruits.
Quoi de plus agréable qu’une promenade en votre compagnie au milieu des graines et des fruits ? Aventure des plantes qui voyagent et peuvent s’arrêter ou là ou là… Grâce à qui ? …Plantes voyageuses, graines et fruits qui inventent mille et une ruses et savantes techniques pour se déplacer… Comment ?
Grâce à qui ?
Tout ça parce que, quand j’ai vu le mot « fruit », je me suis dit : mais enfin les fruits ne viennent pas tout seuls sur les branches… Et j’ai vu une abeille. Une merveille de la nature. Une pollinisatrice des plus efficaces [même l’abeille solitaire…] Sans elle nous ne pourrions déguster ni cerises, ni châtaignes, ni fraises, ni groseilles, ni pêches, ni raisins et ni tant d’autres légumes !

En plus ces petits insectes partagent leur travail avec une quantité innombrable d’êtres qui permettent aux fruits tout simplement d’exister : animaux, oiseaux, même la chauve-souris… sans oublier le vent et l’eau.
La survie ou l’évolution de presque toutes les espèces végétales dépendent directement de la pollinisation. Phénomène fascinant ! Aujourd’hui on dirait : une mutualisation de services. Je voulais démontrer combien le nombre et la variété des pollinisateurs influent sur la biodiversité et inversement. Et quel drame que leur régression sur toute notre planète…

Mais enfin, un topo de botanique : quel est le sens de cette digression ? Quel rapport avec notre évangile, vous demandez-vous peut-être en fronçant les sourcils ?
Parce que de cela on n’en parle pas texto dans l’Evangile. C’est bien beau de dire tout le temps : portez du fruit ou produisez le fruit du Royaume des cieux sinon pas de Royaume ! Encore faut-il le pouvoir et ce que j’ai découvert cette fois c’est qu’on ne peut pas porter ou produire du fruit seul. Au préalable un transport de pollen est nécessaire pour permettre la fécondation. Sans doute qu’à l’époque on ne le savait pas bien ou que moi-même j’étais complètement ignare – mais enfin je n’avais pas fait – jusqu’à aujourd’hui le rapprochement entre une donnée scientifiquement prouvée et cet appel évangélique. Comme quoi !

J’aurais pu raconter aussi plein d’histoires de naissances de fruits, pour bien réaliser que c’est une affaire de sexualité – qu’au sens propre, le fruit est un organe contenant les graines provenant généralement de l’ovaire de la fleur.

Et mon questionnement aurait été :

→ Et si nous étions appelés d’abord à être des pollinisateurs ?

Et si la nouvelle évangélisation ne pouvait se réaliser que
par pollinisation ?



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Bref, j’en étais là de mes diverses intentions de méditation : que de chemins à prendre ! Lequel choisir ? Dans quelle direction aller ? Pour le coup, je ne voyais plus rien du tout. Le brouillard. Je ne voyais pas bien une unité sortir de tout cela. Et les jours passent. Quel bazar d’ « idées »!
J’ai alors frappé à la porte comme notre Seigneur nous l’a recommandé (Luc 11,9)

« Frappez, la porte vous sera ouverte »


Et une porte s’est ouverte : une nouvelle, totalement inattendue aussi bien dans ses conditions externes de parachutage que par sa forme intérieure.

Un fruit - tel une noix de coco me serait-il tombé sur la tête ?
Non, je n’ai pas été assommée mais une demi-seconde je suis tout de même restée immobile.
Car une voix a traversé les millénaires. Elle est remontée à la surface presque silencieuse, un souffle doux, un murmure joyeux >> elle sera la seule ligne unifiante que je cherchais pour mon commentaire d’au-jour-d’hui.

C’était mercredi dernier vers 20h.

Sur le panneau de l’Eglise de Balaruc, j’avais lu que ce jour-là, c’était la saint Matthieu : heureux hasard, me suis-je dit en mon for intérieur. Pour sa fête, je vais lui demander un cadeau : m’en sortir de cette panne technique devant cet évangile, le sien. A l’aube, chose fut faite. Cette demande s’était quasiment envolée durant la journée. Je l’avais déposée. Je n’y pensais plus.

Le soir je rejoignis le Groupe de prière qui se rassemble chaque mercredi depuis 20 ans et auquel s’adjoignent des curistes. Un bout de chemin de trois semaines ensemble chaque année. Fidèlement.


Une alternance de modes de prière faisait que ce soir-là était orienté essentiellement vers le partage de la Parole. Après un temps de chants et d’invocations constituant la préparation et l’ouverture à l’écoute de la Parole qui allait être donnée aux membres du groupe, la bergère proposa donc à quelques-uns d’ouvrir leur Bible et de prendre connaissance du passage qui viendrait sous leurs yeux. Je n’en faisais pas partie et je reconnais avoir éprouvé sur l’instant comme un regret de ne pas avoir cette occasion de « réceptionner » « directement » un passage qui me rejoindrait personnellement certainement mieux. Bref j’étais dans une situation complètement à l’envers. Puis, je me suis dit : tant pis ! Ca ne fait rien ! De toute façon c’est le Seigneur qui parle à travers mes frères et sœurs.

Suivi un temps de discernement ultra rapide entre ces personnes pour choisir parmi les passages relevés celui qui exprimerait la Parole que Dieu donne à tous et à chacun.


[= Un exemple du processus de pollinisation, ici le transport ciblé d’un grain de pollen qui en a parcouru du temps pour s’implanter au cœur de ce petit groupe de chrétiens dans une petite salle à l’étage d’une petite chapelle Ste Thérèse dominant l’étang de Thau…]



Et j’entendis alors la petite voix tranquille de la bergère s’élever.

« Nous avons discerné très vite. Faisons silence et recevons maintenant la Parole que Dieu nous donne :



Isaïe 27, 2 à 5




Ce jour-là, la vigne délicieuse, chantez-la !

Moi, Yahvé, j’en suis le gardien,

De temps en temps je l’irrigue,

pour qu’on ne lui fasse pas de mal,

nuit et jour je la garde.


Je ne suis plus en colère.

Qui va me réduire en ronces et en épines !


Dans la guerre, je la foulerai, je la brûlerai

en même temps.

Ou bien que l’on fasse appel à ma protection,


Que l’on fasse la paix avec moi,

la paix, qu'on la fasse avec moi.

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lundi 22 août 2011

Evangile du DIMANCHE 18 septembre


Matthieu 20, 1 – 16

1 « le Royaume des cieux est comparable, en effet, à un maître de maison qui sortit de grand matin, afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne.
2 Il convint avec les ouvriers d’une pièce d’argent pour la journée et les envoya à sa vigne.
3 Sorti vers la troisième heure, il en vit d’autres qui se tenaient sur la place, sans travail,
4 et il leur dit : « Allez vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste. »
5 Ils y allèrent. Sorti de nouveau vers la sixième heure, puis vers la neuvième, il fit de même.
6 Vers la onzième heure, il sortit encore, en trouva d’autres qui se tenaient là et leur dit : « Pourquoi êtes-vous restés là tout le jour, sans travail ? »
7 « C’est que, lui disent-ils, personne ne nous a embauchés. » Il leur dit : « Allez, vous aussi, à ma vigne.»
8 Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : « Appelle les ouvriers, et remets à chacun son salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers. »
9 Ceux de la onzième heure vinrent donc et reçurent chacun une pièce d’argent.
10 Les premiers, venant à leur tour, pensèrent qu’ils allaient recevoir davantage ; mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d’argent.
11 En la recevant, ils murmuraient contre le maître de maison.
12 « Ces derniers venus, disaient-ils, n’ont travaillé qu’une heure, et tu les traites comme nous, qui avons supporté le poids du jour et la grosse chaleur. »
13 Mais il répliqua à l’un d’eux : " Mon ami, je ne te fais pas de tort ; n’es-tu pas convenu avec moi d’une pièce d’argent ?
14 Emporte ce qui est à toi et va-t-en. Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi: n'ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien?
15 Vas-tu regarder avec un oeil mauvais parce que moi, je suis bon?
16 Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers."
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Commentaire de Geneviève

« Allez vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste. »

Heureusement qu’il y a cette promesse ! Sinon au départ, j’aurais planté là cet Evangile qui nous chamboule tout : les horaires (vous avez déjà vu des vignerons commencer leur vendange à la tombée de la nuit ?), les comptes (idem pour tout le monde !), les priorités et les prioritaires (complètement à l’envers et pas « justes » du tout !), et l’ensemble dans une atmosphère de marchandage qui s’apparente trop à nombre de relations actuelles fondées sur la notion de salaire, sur l’argent... Quelle déception !

Je sais que Dieu est le Tout Autre mais tout de même ! Bref, il m’a semblé qu’il n’y avait que Matthieu qui était heureux dans cette histoire : lui, il a tout compris, lui, qui, un jour, a Tout compris alors qu’il était tranquillement assis dans son bureau de péage, en un éclair d’intelligence et de cœur : Quelqu’un qui passait l’a appelé, alors il s’est levé et L’a suivi. Tout simplement. Tout de suite. Sans conditions. Parce que cet appel l’a mis debout : il n’était plus assis dans des chiffres, il n’était plus un numéro dans les registres anonymes de l’Occupant. Cet Appel l’a rendu Sujet. Il est devenu apôtre.

De formation grecque, il percevait à la fois les droits de douane, d'octroi et de péage, des taxes sur toutes sortes de marchandises, par exemple sur ceux qui ont pêché du poisson. Receveur des tributs pour les Romains, c'est-à-dire "publicain", une profession méprisée par les juifs qui ne suscitait que peur et impopularité, il en recevait un salaire. Et voilà qu’aujourd’hui, il jubile en entendant son nouveau Maître parler de salaire : s’il y a cette fois quelqu’un qui s’y connaît en comptabilité, c’est lui, Matthieu. Les sous à compter et à recompter, les vérifications des versements, la connaissance de ce qui est financièrement juste, c’est toujours son rayon. 50 ans plus tard, l’évangéliste Matthieu, lui, a d’autres soucis : il nous parle des diverses préoccupations qui sont celles d’une communauté installée en Syrie, des débuts d’une organisation avec des gens pour le moins divers. C’est peut-être la raison pour laquelle il met en relief l’expérience professionnelle de l’apôtre Matthieu qu’il réactive en quelque sorte par l’emploi répété du mot grec misthos : sur les 28 versets bibliques contenant, 9 sont de lui, plus du tiers.

Après ce premier petit devoir de lecture fait, la route commencera à être balisée…

Enfin, c’est ce que je croyais. Car patatras ! Je vois surgir ces deux expressions comme autant d’écueils : ce fameux salaire et l’affaire des premiers qui seront derniers et inversement. Comment se fait-il que Matthieu soit si heureux d’en parler, avec tant de détails ?


« Le salaire » ?
-Définition :
1. dû payé pour un travail : a. salaire, gages

2. récompense: utilisé pour le fruit qui résulte naturellement d'un dur travail et de l'effort

a. dans les deux sens de récompenses et châtiments
b. des récompenses que Dieu accorde, ou accordera, aux bonnes actions ou efforts
c. de punitions: le salaire du crime, de l'iniquité

-Comment accueillir ce mot ?


≠ Un salaire ? Un dû en échange d’un travail ? J’en ai eu. Je n’en ai plus. Je savais ce que c’était. Maintenant je reçois une pension. Evidemment me direz-vous, il s’agit d’une forme de rétribution d’un travail passé. N’empêche ! Un travail mais passé. Et surtout que ce terme est inconnu ou l’est devenu pour des masses de gens, à n’importe quel âge, pour cause de misère ou de chômage.

≠ Une récompense ? Evidemment, ajouterez-vous, ce n’est pas le sens propre, c’est « la récompense » pour tout travail dans la Vigne, l’ Eglise ; en résumé : l’évangélisation et par tous les temps. N’empêche ! Comme ce mot de récompense est piégé et piégeux! Je ne m’aventurerai pas plus dans des dédales psychanalytiques.

≠ Et la gratuité ? Je croyais que de notre côté l’acte du don de sa vie, de sa personne toute entière était l’objet d’un choix libre et gratuit, sans recherche d’une compensation de quelque nature que ce soit, une mise à disposition totale. Comme Matthieu : il se lève et il suit – sans demander ce qu’il aura à faire et quelle sera sa paye.


« Ainsi les derniers seront premiers et les premiers seront derniers.»


Me viennent aussitôt en opposition deux réalités sociétales qui corroborent cette perspective d’abord envisagée sous l’angle chronologique puis qualitatif et au final peu réjouissante :


Les personnes dites âgées - à défaut de trouver pour le moment une meilleure qualification - leur place et le regard porté sur elles en Occident principalement, aussi bien dans nos sociétés civiles que dans l’Eglise : au vu du «léger» mépris manifesté envers les têtes grises (qui le ressentent bien, croyez-moi..), ce chantier des multiples visages du vieillissement se devrait de traverser toute l’Eglise et pas seulement affleurer ponctuellement par quelques interventions de ci de là. Car, connaissez-vous la nouvelle expression qui devrait donner à réfléchir dans tous les secteurs ? Ces têtes grisonnantes de ces « nouveaux » vieux qui comptent souvent pour du beurre sont, en vérité, de l’OR et pas uniquement de « l’or gris ». Qu’on se le dise… dans les chaumières de l’Elysée, de la Cour des Droits de l’Homme qui va entrer dans le Conseil de l’Europe en pleine restructuration, de la Conférence des Evêques. Ah bon ! Les premiers sont les derniers et les derniers les premiers : vraiment difficile à entendre…En plus cette appréciation que j’entends: l’Eglise de France a des problèmes plus importants…et quel pourcentage de cathos par rapport à d’autres pays… et puis vous savez… les vieux… Une Eglise de vieux… Ah bon ! Les premiers deviendront vraiment les derniers. Leur fidélité ? Le témoignage de leur capacité à évangéliser ? Leur vie intérieure et spirituelle ‘qui n’a pas d’âge’ ? La vie jusqu’au bout ?

 Et j’ai vu également aussitôt les continents : parmi les évangélisés des premières heures, l’Europe, la Fille aînée de l’Eglise qui n’en avait déjà plus que le titre quand un appel lui a été lancé. Et les derniers nés. 0n nous le répète, la France c’est 0,5% ou 1%- je ne sais plus- de catholiques dans le monde alors ???? Vive donc le Brésil, l’Afrique, car, nous pauvres Français, faut se faire à l’idée que le pôle d’attractivité est déjà Rio. Difficile à avaler quand on est bien dans son pays, dans sa belle et grande histoire religieuse, de plus tombée dans la marmite de l’Eglise dès la naissance, de se dire : déjà que, vu mon âge (pire encore : selon les estimations j’en ai pour une soixantaine d’années à être considérée comme « vieille »), maintenant je ne compte plus personnellement, sauf exception, que pour du beurre ! Il faut ajouter à cela que, membre de la Communauté chrétienne française : allez ! J’entends en résumé ceci : vous avez du passé mais vous ne faites plus recette…Intégrer, accepter cette révolution du regard : accueillir les petits derniers ou les avant derniers de l’évangélisation comme les premiers d’aujourd’hui. Cela me rappelle quand même le contexte de Matthieu (NB. je n’ai pas perdu le fil) : finalement sous cet angle aussi, nous vivons une situation un peu semblable à celle des premières étapes de construction d’un vivre ensemble chrétien, quels que soient la date, le lieu, l’incarnation de l’appel.
Choc pour les chrétiens d'origine juive de voir des pécheurs et des païens appelés comme eux dans la communauté des chrétiens. Je n’en suis certes pas à éprouver des ressentiments devant cette montée de la foi dans tel continent mais n’empêche… Mais choc devant une préférence qui affleure ça et là. Les yeux ne se tournent vers la France que pour dire : ‘ bof ! 0,5% ! D’accord les vieux faut s’en occuper mais y a des questions bien plus importantes…’ Et nous voilà repartis dans la recherche de recettes, cette fois les bonnes pour ramasser du monde. Faire du chiffre : cela reste une préoccupation permanente dans encore trop de têtes.


En tout cas, si la fonction pédagogique de cette parabole a atteint son but du temps de Mathieu, celui d’apaiser les esprits, en ce qui me concerne elle a plutôt d’abord éveillé une lecture d’un choc que je vais mettre pas mal de temps à avaler…Enfin, avec la grâce de Dieu

Ne serait-ce pas ça, la solution ?
Pour commencer à comprendre et me sortir de tout ce fatras, je me tourne d’abord vers l’horloge. Tout ce récit se passe entre la première et la onzième heure. [la méthode antique de calcul des heures commençait avec le lever du soleil et divisait la journée en douze parties.]


Et je quitte mon nombril pour me tourner vers la Parole :


Un salaire ?


Jacques 5,4 Voici, le salaire [misthos] des ouvriers qui ont moissonné vos champs, et dont vous les avez frustrés, crie, et les cris des moissonneurs sont parvenus jusqu’aux oreilles du Seigneur des armées.


D’abord évacuer l’image de pièces de monnaie froides ou de chèques en vulgaire papier versés en échange de tant d’heures calculées au barème le plus exact. Attendez-vous à voir un mot qui tire son origine d’un élément essentiel de la vie de nos aînés :

Il vient de salarium.

‘‘ Le sel (sal) était très important pour les Romains, comme pour tous les autres peuples, car il était indispensable pour l’alimentation humaine, pour la conservation des aliments et pour le bétail. Sa production et sa commercialisation étaient d’ailleurs organisées par l’État pour éviter la spéculation et la pénurie. De véritables infrastructures commerciales ont été mises en place pour le sel. Le sel a d’ailleurs servi de monnaie d’échange à différentes occasions dans l’Antiquité.
Le mot salarium désignait à l’origine la ration de sel fournie aux soldats, puis il désigna l’indemnité en argent versée pour acheter le sel (salarium argentum) et les vivres, la solde elle-même avec les prestations en nature, et finalement toute forme de salaire.’’ (Wikipédia).


Y avait-il, y a-t-il un mot qui recèlerait davantage de qualités voire de vertus ? Plus encore qu’une valeur nutritionnelle rare, une capacité exceptionnelle à empêcher la putréfaction des aliments, une référence marchande séculaire, je lui associerai des propriétés encore bien plus élevées:

Pour cela il nous faut remonter encore d’un cran dans son histoire : les premiers à l’avoir utilisé sont les Grecs : ἅλζ devient sal avec cette gymnastique de faire passer le s final devant > Als donne sal. Sans doute, par une utilisation trop fréquente de ce mot, les Latins avaient banalisé sa signification et l’avaient orientée du côté des plaisirs gustatifs

cf. Lucrèce :

« Et les rochers qui surplombent la mer, dévorés par le sel nourricier… » ou amoureux dans le sens de « salaces, licencieux » tandis qu’Homère, lui, quand il évoque la réception de l’ambassade par Achille, parle de « sels divins ou sacrés ».
Car, de par leur nature, les dieux ne sont pas soumis à la loi humaine de la corruption de la chair.
Immortalité.


Quel n'a pas été mon étonnement ces jours-ci que de trouver cette perle d’explication au cours d’un travail de correction : la traduction française d’un ouvrage inconnu de quasi tout le monde! Comme émergé il y a trois ans des salines des Thermes de Balaruc les Bains où je passe les trois semaines habituelles de cure. Un traité consacré à ces eaux dans tous leurs états et « leurs gracieuses vertus » que rédigea en latin un Révérend maître, médecin Docteur de Montpellier, Conseiller et Professeur Royal, Nicolas Dortoman. Quel heureux concours de circonstances a suscité ma modeste contribution à rendre cette étude, un magnifique arrêt sur image daté de 1579, compréhensible à nos contemporains !
C’est hier que, grâce à la lecture de la mouture du Premier Livre qui vient d’être traduit par des professeurs d’Université, je suis davantage entrée dans ce monde si fécond du sel – que j’en mesure toute l’étendue et que j’approfondis bien sûr sur place sa richesse curative dont j’ai déjà expérimenté nombre de bénéfices.

Irais-je jusqu’à voir finalement dans ce mot qui me refroidissait vraiment au départ rien que LE SEL ? Avec tous ses échos bibliques: vous êtes le sel de la terre… avec quoi salera-t-on… Jésus ne veut-il pas nous donner en guise de salaire non seulement une ration de sel mais de devenir du Sel ? Jésus, Médecin de tous, qui n’est pas venu pour les justes mais pour les pécheurs.
Et dès aujourd’hui. Et rien que parce qu’on a déjà mis un pied dans sa vigne ? Quel avenir pour tout un chacun :

Etre un grain de sel dans une éternité partagée.

Un dû ?

►Romains 4,4 Or, à celui qui fait une œuvre, le salaire [misthos] est imputé, non comme une grâce, mais comme une chose due ;
J’enregistre mais je n’ai pas fini d’en voir la portée.

Une récompense ?

► 2 Jean 1,8 Prenez garde à vous-mêmes, afin que vous ne perdiez pas le fruit de votre travail, mais que vous receviez une pleine récompense [misthos].
J’enregistre le mot « fruit ».

Une injustice dans cette inégalité de traitement patente?

► Matthieu 10,41 Celui qui reçoit un prophète en qualité de prophète recevra une récompense [misthos] de prophète, et celui qui reçoit un juste en qualité de juste recevra une récompense de juste.
► 1 Corinthiens 3,8 Celui qui plante et celui qui arrose sont égaux, et chacun recevra sa propre récompense selon son propre travail.
► Apocalypse 22,12 Voici, je viens bientôt, et ma rétribution [misthos] est avec moi, pour rendre à chacun selon ce qu’est son œuvre.

J’enregistre : la Justice n’est pas ma petite justice et le tout, ce n’est pas de se contenter de regarder les étoiles mais d’agir.


☼ Ce que Dieu attend : que nous portions du FRUIT → le Bonheur ensemble ☼


Jean 4,36 Celui qui moissonne reçoit un salaire et amasse des fruits pour la vie éternelle, afin que celui qui sème et celui qui moissonne se réjouissent ensemble.

Le reste ce sont des considérations inutiles. Travailler là où on est planté, sans rêver à des conditions forcément meilleures. Travailler dans une vigne qui donne du raisin, ne serait-ce qu’une grappe. Unique et indispensable dans la coupe élevée au moment de l’Offrande. Le Salaire = cela = que je porte du fruit – et pas plus tard quand je serai morte et dans un au-delà légèrement flou. Non ! Je suis déjà dans l’éternité. La vie éternelle c’est un état dans lequel je suis déjà plongée. Ce que j’ai découvert c’est que le salaire, l’engagement que Jésus me fait via Mathieu, ce n’est pas seulement pour plus tard uniquement, il me donne mon salaire dès aujourd’hui ! Quand ? De quelle manière ? Par mon baptême, j’hérite. Mais il ne s’agit pas pour autant de courir après le salaire. Ce n’est pas courir partout, mener des activités pastorales de poids qui traversent les murailles et sont connues de la place publique.

Matthieu 6,1 Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour en être vus ; autrement, vous n’aurez point de récompense [misthos] auprès de votre Père qui est dans les cieux.

Mon salaire c’est quand je porte du fruit, plus exactement quand Dieu me donne de porter du fruit, d’être du Sel. Parfois il faut attendre. Longtemps. Des années et parfois on ne voit rien venir et pourtant le fruit, dans sa conception, est déjà là : 9 mois - parfois c’est 9 ans - ou un multiple ou juste la dernière minute. Mystère de la fécondité.
Parfois aussi les versements du salaire s’échelonnent dans une vie. Par exemple, je crois que le salaire de Matthieu, il en a eu les prémices comme ses nouveaux frères lors de son appel et qu’il a répondu sur le champ. C’est sa réponse qui est son salaire. Puis il a vécu son temps de formation comme les autres, avec ses doutes, ses questions, ses joies : ceci est le salaire journalier de l’apôtre Matthieu.
Une fécondité qui le dépasse complètement au moment où il le reçoit, une fécondité dont il ne pourra voir l’immensité unique que lorsqu’il sera entré dans la Famille divine, qu’il verra écrite la première Bonne Nouvelle dont il aura partagé les fondements. Comme cela est notre espérance. Certaine.


Finalement ce que j’apprécie le plus dans la promesse de Jésus, c’est le mot juste au sens d’ajuster, qui manifeste une nouvelle fois sa délicatesse et son attention ‘personnalisée’ dirait-on aujourd’hui envers chacun de nous, son salaire est ajusté à ce que nous sommes. Le salaire que je reçois déjà sur cette terre, ici et maintenant, je suis seule à le recevoir dans sa forme, sa matérialité, son incarnation. Certainement pas grand-chose aux yeux extérieurs mais c’est un don du Seigneur en personne. Une affaire entre personnes. Entre deux personnes. Pas un salaire anonyme décidé par des anonymes. Et un salaire JUSTE parce qu’il ME connait, connait MES talents...et MES pauvretés.

Dieu nous donne un salaire : mais qu’a-t-il à donner comme monnaie sonnante et trébuchante si ce n’est sa Vie ? Il a beau retourner le fond de ses poches : il n’y a rien d’autre.

Le salaire que les Trois personnes divines donnent, elles commencent à le délivrer sur la terre à qui ouvre sa porte pour le recevoir. Ce sont des arrhes. Qui ne nous donnent pas un avant-goût de l’au-delà mais nous tournent vers Dieu comme des plantes héliotropes. Les arrhes : la responsabilité de cette seule femme du village qui va ouvrir la porte de l’église et s’en va dans la neige le soir pour la refermer. Les arrhes : la responsabilité de chacun dans son milieu de travail, son milieu de vie. Avec déjà maintenant le Bonheur de partager déjà main-tenant une Vie. Même dans la souffrance car le Christ la partage et la porte avec nous.


Matthieu 1,42
Et quiconque donnera seulement un verre d’eau froide à l’un de ces petits parce qu’il est mon disciple, je vous le dis en vérité, il ne perdra point sa récompense.


Marc 9,41 Et quiconque vous donnera à boire un verre d’eau en mon nom, parce que vous appartenez à Christ, je vous le dis en vérité, il ne perdra point sa récompense.


Dans l’Eglise il n’y a ni « smicards » ni « riches », il n’y a que des enfants d’un même Père, des héritiers d’un Royaume.


Luc 6,35 Mais aimez vos ennemis, faites du bien, et prêtez sans rien espérer. Et votre récompense sera grande, et vous serez fils du Très-Haut, car il est bon pour les ingrats et pour les méchants.



Jésus est venu pour sauver tous les hommes, pas une portion et tout dans notre être.



Que tout genou fléchisse, que toute langue proclame.



∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞



N’empêche : je reste accrochée à la traduction par le mot ‘salaire’. C’est pourquoi je me permets à nouveau de solliciter de la part des traducteurs de la Bible la recherche d’un nom plus ‘ juste ’ parce que plus ajusté à notre époque > A chercher peut-être du côté de « fruit », « fécondité » et plus en avant encore – sans oublier « ajusté ».



Dans ce sens je fais mienne la prière de Benoit XVI lors de l’audience du 25 avril 2007 :

« Prions le Seigneur pour qu'il nous donne aujourd'hui des penseurs, des théologiens, des exégètes qui trouvent cette dimension multiple, cette actualité permanente de l'Ecriture Sainte, sa nouveauté pour notre époque. Prions afin que le Seigneur nous aide à lire de façon orante l'Ecriture Sainte, à nous nourrir réellement du vrai Pain de la vie, de sa Parole. »



Un seul mot, mon Dieu, pour ma lecture d’aujourd’hui avec ses découvertes inattendues:


M E R C I !


∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞∞


NB1. Ne serait-ce pas là LE MOT espéré ?


Figurez-vous qu’il dérive de merces signifiant… devinez quoi ?... SALAIRE…, prix, récompense, solde et en latin tardif, faveur, bienveillance, pitié, grâce céleste...


Et plus encore :



NB2. Merci en grec = ευχαριστώ - en grec ancien εὐχαριστία / eukharistía, “action de grâce ”!



Salaire = Ω Eucharistie Ω



NB3. Un MERCI réciproque > une UNION de nos deux esprits.

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dimanche 21 août 2011

Evangile du DIMANCHE 4 septembre


Matthieu 18, 15 – 20



15 « Si ton frère vient à pécher, va le trouver et fais-lui les reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère.
16 S’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes pour que toute affaire soit décidée sur la parole de deux ou trois témoins.
17 S’il refuse de les écouter, dis-le à l’Eglise, et s’il refuse d’écouter même l’Eglise, qu’il soit pour toi comme le païen et le collecteur d’impôts.
18 En vérité, je vous le déclare : tout ce que vous lierez sur la terre sera lié au ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié au ciel.
19 Je vous le déclare encore, si deux d’entre vous, sur la terre, se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux.
20 Car, là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. »


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Commentaire de Philippe






Voilà des paroles bien mystérieuses pour moi, et qui sont en apparente contradiction avec ce que Jésus semble avoir dit sur le jugement qui nous est interdit si nous ne voulons pas être jugé à notre tour. Mais à y regarder de plus près, c’est bien sur ces paroles que se fondent la distinction entre le jugement des actes et celui des personnes.



Quelle délicatesse dans la progression des actions qu’il convient de conduire vis-à-vis du pécheur ! Pour ne pas l’offenser publiquement, il s’agit d’abord d’aller le voir en tête-à-tête, et de lui faire reproche fraternellement, avec amour. Sans le dire explicitement, Jésus nous donne à entendre que bien souvent cette admonestation fraternelle suffit à amener le pécheur à la reconnaissance de son péché. Et il est beau d’entendre que nous gagnons un frère s’il nous écoute. Il se peut que cette démarche fraternelle soit insuffisante et que l’appel à deux ou trois témoins soit nécessaire pour que l’affaire soit décidée. Faut-il comprendre que dans le premier comme dans le second cas, le pécheur converti se voit imposer une sorte de pénitence après qu’il a confessé son péché devant ses frères ? Sans doute. Ce qui est important dans ces démarches, c’est l’appel à la conscience du pécheur ; c’est à lui qu’il revient de voir la profondeur de la rupture d’avec Dieu.



Et puis il y a les deux derniers paliers de l’admonestation : celui de l’Église, et en cas de refus réitéré, celui de l’excommunication. Pour un juif pieux et juste, être traité comme un païen ou un collecteur d’impôt, c’est être retranché de l’Alliance et de la société. Mais ce retranchement, le pécheur le devra alors à son entêtement.



Il reste deux points à éclaircir. Qu’est-ce que le péché ici ? Ce ne peut être qu’un acte visible, public, notoire, vu, connu et su au moins d’un membre de l’Église. Et l’admonestation ne peut avoir pour but que le salut du pécheur. C’est bien le refus du salut qu’il s’agit de combattre et non de quelconques : « il faut », « il ne faut pas », « tu dois », « tu ne dois pas ». Jésus nous a bien dit que le péché n’est qu’un refus d’aimer et d’être aimé. Et puis il y a cette affirmation qui fonde (en partie, car Jésus y reviendra) le sacrement de réconciliation. C’est bien à ses prêtres, à ses ministres que Jésus s’adresse : « Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié au Ciel ».


Mais le ministère de l’admonestation n’est pas réservé aux prêtres du Seigneur. C’est un ministère qui est donné à tous les baptisés. Ils exercent alors le pouvoir sacerdotal spécifique de celui que le baptême a agrégé au Christ. C’est pourquoi Jésus revient sur la prière des frères qui, réunis en son nom, se mettent d’accord (dans la foi) pour adresser leur demande à leur Père du Ciel.



Que le Seigneur Jésus nous donne la force de témoigner dans l’amour en faveur de la Vérité. En ces temps où le relativisme semble régner en maître, il est indispensable de s’appuyer sur la Parole de Dieu, notre Rocher et notre Forteresse, et sur l’Église qui est bâti sur ce Rocher.





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Commentaire de Geneviève






♦ Gestion de l’écoute ?
Gestion d’une procédure en vue d’une tâche ?
Description d’une performance dans une interaction sociale avec des indicateurs progressifs ?
Gestion de relations fraternelles ?
Gestion d’une vie communautaire ecclésiale?
Gestion d’un programme pour un bon comportement chrétien, clair, pacifique, exemplaire car établi dans la Vie Trinitaire ?
Gestion d’une procédure à suivre sur le modèle d’une Communauté judéo-chrétienne du 1er siècle ?
Gestion de la présence du Christ sur la terre ? Dans son Eglise ?
Gestion du chemin vers la Liberté ?
Gestion du chemin vers la Vérité ?
Uniquement une affaire de gestion ???

♦ Mes premières réactions face à cet évangile ont été :
1. C’est un bon exposé de vie relationnelle entre chrétiens – et encore complètement qu’à l’époque de son contexte historique du 1er siècle. C’est un cours, un enseignement: quelles applications possibles à notre époque ? Immédiatement je vois deux éléments à mon avis inexécutables.
2. Cependant je le reçois comme un appel : rien à voir avec une ‘‘application ’’ni mathématique ni informatique. Matthieu, même avec sa formation professionnelle de comptable, (+ les autres rédacteurs potentiels de cet évangile) ne nous poste pas un logiciel comprenant des instructions regroupées en programmes, données et documentation, dont les automatismes permettraient à tous les utilisateurs de tous les temps, grâce à une clé USB avec une capacité de stockage finalement peu importante, une assistance salvatrice pour bien gérer nos activités sociétales dans un cadre figé nommé Eglise.
3. Cependant je l’accueille comme une invitation à entrer dans une vie de partage des mœurs divines. Là encore je suis plongée dans le don, un don en mouvement, pas un colis ficelé, enrubanné.

4. Mais, au terme, j’ai sursauté. Pour la première fois l’expression : « je suis au milieu de vous », pourtant tant de fois employée au cours de prières communes, m’a comme gênée : il y a quelque chose qui cloche dans cette phrase... Je suis allée voir dans la traduction de la Bible de Jérusalem → idem à peu près : « je suis là, au milieu de vous. »
Quel statisme ! Voilà que Jésus, toujours en mouvement, qui nous demande sans cesse des mises ou des remises en route, toujours en mouvement d’orientation vers son Père ou vers nous, ne bougerait plus ? Un immobilisme qui m’a paru contraire à sa nature (heureusement qu’a été supprimé l’adverbe « là » qui indique juste un lieu mais pas une présence agissante cf. je suis là ≠ je suis présent). J’ai trouvé que le fait de dire qu’il était là quand plusieurs personnes se rassemblent dans la prière ou dans l’action en son nom, d’une part n’ajoutait rien à ce que nous savons déjà par ailleurs et d’autre part exprimait une présence certes réconfortante mais somme toute passive, sans plus. Un cercle fermé.
J’ai aussi lu « je suis » comme un nouveau « JE SUIS », cette carte d’identité qu’il n’a cessé de mettre en avant pour se présenter- ce qui rend encore plus fade le sens de cette phrase telle que. N’y aurait-il pas un problème sur le plan d’une traduction insuffisante ?
Comment le savoir avec les moyens du bord très limités dont je dispose ?
Alors, comme dit, ça a fait tilt :



Qu’est-ce que ce « milieu » en fait ? Que signifie « être au milieu ? »



Juste une affaire de position ? Un synonyme de « centre » ? Une confusion ? Un amalgame ? J’ai regardé de plus près le mot « milieu », à la loupe → je l’ai décomposé :
MI – LIEU >Toujours en panne d’interprétation, j’ai quitté l’approche de la notion d’espace physique strict pour considérer cette place sous l’angle de la perspective et peu à peu j’ai perçu que, lorsqu’on est au milieu d’un groupe, on est placé en relation, à moitié vers l’un, à moitié du chemin par rapport à l’autre. Mais mon avancée restait bloquée par la construction : au milieu. Ne serait-ce pas « je suis le milieu ? » Mais alors que faire de la suite « de vous » ?
C’est alors qu’en désespoir de cause, je me suis dit qu’il n’y avait qu’une solution : m’en retourner voir l’histoire de ce mot. Je ne vous dirai pas maintenant ma découverte. Mais elle est sensationnelle ! Pour la visionner, je vous préviens qu’il vous faudra une nouvelle fois beaucoup de patience mais le fruit en vaut la peine.

♦ Voyons de plus près le début de l’instruction donnée aux disciples :
En fait, au départ donc, je trouve que ma situation historique hic et nunc fait que l’invitation qui m’est faite en rend impossible son incarnation actuelle, en dépit de ma bonne volonté. Le début de ce processus d’entrée en vérité requis de manière carrée, délimitée, en schéma d’opposition pure et simple, des hypothèses certes, mais qui clôturent le champ me semble étranger à notre vécu actuel avec une application sinon très difficile sinon quasi impossible - les apôtres d’ailleurs avaient eux- aussi saisi la difficulté de l’affaire tant qu’elle reste fichée dans les mains humaines.

Quelques interrogations m’ont menée à ce détachement lié sans aucun doute à un changement de contexte historique du vécu qui me semble n’avoir plus rien à voir avec celui de l’époque de la rédaction de l’Evangile de Matthieu.
Essayer d’adapter cette démarche en trois étapes obligées, exprimée dans le contexte d’une des premières communautés chrétiennes, non seulement au mien mais plus largement à celui de l’Eglise actuelle tous continents confondus - et quelle que soit la position que je choisisse : celle du pécheur ou celle de la personne qui vient reprendre le pécheur, cela ne me paraît pas évident du tout .
>> La nature , l’identité du "péché " ???
Certes la première rencontre proposée est tout à fait réalisable, accessible et excellente dans le travail de recherche commune de la vérité et j’ai pu en voir les fruits à plusieurs occasions : mais « le péché » en question appartient alors, si l’on peut dire, au domaine social et est connu sur la place publique (il faut toujours garder en perspective les 3 hypothèses ensemble). Ici par exemple on sent alors l’origine de cette demande du Christ. Dans notre quotidien, ce qui suscite un tel parcours, c’est une action ou une parole qui, selon une définition officielle « a transgressé la loi divine », je préfère dire : qui a rompu le lien avec mon Père, qui, comme un caillot qui bloque la circulation du sang, a empêché, cassé la transmission de la Vie dans ma vie avec toutes les séquelles possibles.
Dans les faits d’aujourd’hui, je ne vois pas comment cet acte magnifique de dialogue, de transparence qui mène à la miséricorde peut, et se réaliser et être accepté, en dehors d’une vie en communauté ( de type religieux ou laïc) – les fruits de l’observance de ces 3 pas sont certains et visibles [ = là aussi chacun, de part et d’autre, est un visage de la Vérité ] mais en dehors, dans la vie de tout le monde en paroisse : je ne me vois ni dans un point de vue ni dans l’autre, tant que les contours dudit ‘ péché ’ ne sont pas précisés – et il y a une limite au secret de la vie personnelle en relation avec Dieu qui ne relève pas de cette démarche de correction fraternelle pratiquée donc depuis des siècles, mais du sacrement de réconciliation. Deux démarches différentes mais qui se complètent.




>> Et surtout le 3ème pas : « Le dire à l’Eglise » ??? :
De quelle Eglise est-il question dans ce passage ? Quelle réalité est évoquée par Jésus ? Quelle réalité correspond à ce connaît l’Evangéliste Matthieu ? Ses successeurs ? Nous le voyons presque vivant lorsqu’il se met lui-même en scène mais en creux au v17 ? Ex-publicain, percepteur de l’impôt romain sur la population juive, il connaît pour l’avoir vécu le mépris, celui des scribes : il en a gardé un souvenir indélébile ; mais il a intégré cette souffrance et s’il la fait transparaître ici, c’est en la transformant radicalement. Grâce à lui, nous entendons de nos propres oreilles, 1900 ans après, le témoignage de la vie d’une communauté judéo chrétienne de la fin du 1er siècle en Galilée du Nord et en Syrie méridionale qui essaie de suivre un Chemin nouveau, renversant.
Comme elle, nous recevons cet appel qui fonde une communauté de disciples : après celui de l’attention à l’enfant, au pauvre et leur respect, celui de la relation avec « le frère » traversée inlassablement par le pardon car il est don de Dieu.
Mais, pour aujourd’hui, cette étape finale dans la progression pédagogique proposée, la référence à « l’Eglise », me paraît à la fois impossible, irréalisable et plus encore néfaste, dangereuse > Je pose toutes les questions qui me viennent en vrac à l’esprit :
Qui est « l’Eglise » dans ce cas ? « Le peuple de Dieu » cf. Vatican II ? = les membres de la paroisse locale ? tous ? lesquels ? une délégation ? comment se ferait le choix ?, le curé de la dite paroisse uniquement? D’autres prêtres ? Lesquels ? L’évêque ?
Vous voyez le bazar en perspective + les pbs gigantesques liés aux problèmes de pouvoir...

Cependant je poursuis ma lecture pleine d’espoir car je vois à l’horizon quelque chose - d’inattendu - qui me parle :
La Parole a un Visage, celui du Christ et peut-être le mien si j’accepte de descendre de mon arbre et de Le laisse entrer dans ma maison.
La Croix a un Visage, celui du Christ et peut-être le mien si j’accepte de Le suivre.
Et voici que la Miséricorde, la Compassion, a un Visage, celui du Christ et peut-être le mien si j’accepte de me mettre d’accord avec deux ou trois pour demander quoi que ce soit : alors, nous dit Jésus, « cela leur (= vous) sera accordé par mon Père qui est aux cieux.
"Car, là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. "

Voilà ce que j’ai découvert :

Je suis AU MILIEU de vous

Je vous invite à suivre le fil de mon exploration de l’évolution de ce mot en vous référant, si vous le souhaitez, aux ouvrages suivants:
A/ Dictionnaire d’ancien Français- Moyen Age et Renaissance Robert Grandsaignes d'Hauterive
En regardant sous
MOIE : Milieu ; moitié ; et suivants, vous verrez qu'au XIe Milieu signifiait ce qui est au milieu - Intermédiaire.



B/ Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle par Frédéric Godefroy (1881) p 357 et suivantes



° MOIEN :
* Qui est entre l’homme et
Dieu : Il fault donc netoyer cest œil de ceste intériorité, et l’adresser a moy oultre et hors toutes choses moyennes et mondaines. (Intern.Consol., II, XXXIII, Bibl.)
*Protecteur :
- A cest estor nos soit Deus bons moiens (XIIe s Macchab., ms. Berne 113, Stengel,V.)
* Intercession :
A la prière et moyen du duc de Lancastre (Froissard, Chron, XV, 271)

° MOIENEMENT: sentence d’arbitre, entremise, médiation: Parmi l’attirement et le moiennement des preudommes ki s’en entremisent, nous sommes accordet enviers le capitle et avons fait pais (1260, Ch. De l’échevinage de Cambrai, Duc)
° MOIENOR, médiateur, arbitre :
Mais reconnoix qu’il (Jésus) moyeneres est de Dieu et des hommes. (S.Bern., Serm 24768) Le Messie et vray moyenneur entre Dieu et les hommes. ( La Bod., harmon., 1578)
° MOIENER, trouver son milieu Tu es Dieu la sapience, Par qui se define et commence Et se moiegne tout bien fait. (Dist de la fleur de lys, Richel. I 4120 )




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Loin de moi la tentation de tomber dans une dérive théologique qui consiste à réduire Jésus à un rôle de tiers intermédiaire entre les hommes et leur Créateur. Comme le Christ, nous sommes constamment dans un combat. Les pierres qui surgissent sur notre chemin font souvent chuter : mais ce que je vois dans la signalétique que nous donne Jésus ici, c’est qu’il se situe, selon notre volonté, dans le dialogue instauré entre plusieurs frères, le prolonge, l’emporte vers le Créateur de toutes choses, son Père qui, par lui, est notre Père. Dieu est responsable jusqu’au bout par le don de son Fils à l’humanité entière, de même son Fils l’est jusqu’au bout, complètement. Pasteur, il n’abandonne pas ses brebis, aucune. Par cet acte, il se positionne avec nous face à Satan - toujours là et actif car, s’il y a quelqu’un qui sait bien de tout temps que, dans Dieu Trinité, le Fils de l’Homme est dans toute sa plénitude le Fils de Dieu Père, c’est lui. Il incarne le MI-LIEU, à égale distance de l’homme et de Celui qui l’a engendré : il emporte avec lui nos demandes, dès que nous sommes au moins deux réunis en son Nom, pas comme un délégué du personnel chargé d’apporter des revendications au patron, ou comme un transporteur routier qui permet à nos colis de parvenir à destination, au moins plus rapidement. Jésus, ce n’est pas un rouage créé par un « Bon Dieu » pour nous faciliter la com’.



Jésus, Tu es notre Milieu, en nous, entre nous, entre notre Père commun et nous et toujours dans une dynamique solidaire - en nous laissant toujours libres de notre décision parce que Tu nous as faits libres.



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Par conséquent je me permets en toute simplicité de donner deux conseils aux rédacteurs des traductions de la Bible [TOB, Bible de Jérusalem et autres] :



 Rechercher une traduction plus ajustée à la fois à l’étymologie, à la richesse polysémique du mot « milieu » et à la place réelle de Jésus : Il me semble, mais cela serait à confirmer par des spécialistes, que ce terme, comme bien d’autres, a connu ce phénomène linguistique appelé « affadissement » (ainsi ‘formidus’, un évènement formidable = qui inspire la crainte, la terreur est devenu quasiment le contraire) > Il est devenu plat, terne, avec plus qu’une seule acception.
Donc le choix est simple :
- ou garder « milieu » malgré tout mais en donnant des explications en note.
- ou trouver un autre mot, pas un synonyme mais qui restera certainement aussi imparfait
- soit d’aller chercher du côté d’une expression plus longue, peut-être avec des tirets.

Je n’ai moi-même, pour l’heure, pas trouvé LE mot qui contiendrait ces aspects essentiels mais des expressions approchantes.
Car, là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis leur Intercesseur - ou leur Médiateur pour souligner, non pas un aspect conflictuel, mais que nous sommes dans l’environnement ténébreux du péché, de la lutte continue contre Satan et aussi dans une double relation : filiale et fraternelle.
→ ou à défaut un groupe de mots comme celui-ci :
« Je suis au milieu d’eux, mes frères, les emportant toujours plus vers notre Père. »

 Que l’équipe de Biblistes et autres spécialistes intègre 3 Professeurs d’Université de Linguistique, de Grammaire et de Stylistique.
Pourquoi ?
Faire, comme c’est dit dans les présentations du travail des récentes traductions, des « retouches » par ci, par là, sur l’édition précédente s’avère à mon sens insuffisant. Se livrer à de grandes recherches exégétiques ou historiques en gardant le souci permanent d’avoir à disposition un minimum de compétences professionnelles en Langue française pour transmettre une nourriture qui soit encore plus belle, encore meilleure = un autre combat.




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Quelle autre prière de conclusion aujourd’hui que celle-ci ?

Seigneur, lorsque nous sommes deux ou trois réunis quelque part en Ton Nom, sois au Milieu de nous, tes frères et sœurs,
pour nous emporter toujours davantage au plus près de notre Père.
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samedi 13 août 2011

Evangile du DIMANCHE 28 août


Matthieu 16, 21-27

21 A partir de ce moment, Jésus Christ commença à montrer à ses disciples qu'il lui fallait s'en aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être mis à mort et, le troisième jour, ressusciter.
22 Pierre, le tirant à part, se mit à le réprimander, en disant : "Dieu t'en préserve, Seigneur! Non, cela ne t'arrivera pas!"
23 Mais lui, se retournant, dit à Pierre : "Retire-toi! Derrière moi, Satan! Tu es pour moi occasion de chute, car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes."
24 Alors Jésus dit à ses disciples : "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même et prenne sa croix, et qu'il me suive.
25 En effet, qui veut sauvegarder sa vie, la perdra : mais qui perd sa vie à cause de moi, l'assurera.
26 Et quel avantage l'homme aura-t-il à gagner le monde entier, s'il le paie de sa vie? Ou bien que donnera l'homme qui ait la valeur de sa vie?
27 Car le Fils de l'homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père : et alors il rendra à chacun selon sa conduite.
28 En vérité, je vous le déclare, parmi ceux qui sont ici, certains ne mourront pas avant de voir le Fils de l'homme venir comme toi."

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Commentaire de Geneviève


Si / quelqu'un / veut / venir / à ma / suite, / qu'il se renie lui-même / et prenne sa croix, / et qu'il me suive.


Ce qui m’a incitée à m’arrêter devant cette parole du Christ, c’est, paradoxalement, le mouvement intégré dans pratiquement chaque mot. Un dynamisme qui emporte tous les jours d’une vie, de ma vie.

- Si = une réalité subordonnée à la liberté de chacun – ce n’est pas l’oppression d’un ordre, d’un pouvoir.
- Quelqu’un = tous les hommes sans exclusion ni discrimination sociale, culturelle, religieuse.

- Veut = appel à l’exercice de la volonté, pas d’un souhait volatile.

- Venir = début d’un mouvement vers – marque un élan personnel vers une réalité qui n’est pas encore en plein épanouissement et moins encore sur sa fin de course. Je viens = je quitte une immobilité de départ. Comme dans une course, j’étais il y a un millième de seconde dans mes starting blocks et je m’élance en obéissant à une impulsion extérieure.

- A ma suite = voilà l’impulsion, l’appel : suivre non une idée, une tendance, une idéologie, un programme, une doctrine, une règle même en or, mais une personne, quelqu’un de précis, que je connais (depuis peu, très peu ou beaucoup de temps). Suivre et non accompagner en parallèle ou devancer, donc toujours derrière cette Personne qui me parle - à moi personnellement - qui m’a déjà appelée. J’aurai ainsi toujours en ligne de mire un Guide qui m’emmènera sur des chemins, souvent inconnus, inattendus. Ainsi, en ce temps de rayonnement de la fête de l’Assomption, Marie en est le premier exemple : le jour où, encore adolescente, elle s’est mise en route en acceptant d’être la Mère du Sauveur, prévoyait-elle, imaginait-elle tous les évènements qu’elle aurait à traverser jusqu’à nous précéder avec son Fils dans notre marche vers le Royaume de Dieu, dans notre entrée dans sa Gloire ?

- Qu’il se renie lui-même = non pas tomber dans l’impasse d’une aliénation par le reniement de ma personne, moi qui suis dans la paume de Dieu dans toute l’éternité et voulue et engendrée par lui mais renoncer à suivre mon « moi », une polarisation à effacer pour laisser la place à une autre, vitale qui suscitera l’engagement de toutes les dimensions de ma personnalité.

- Et prenne sa croix = Prendre et non supporter ou traîner sa croix, mais l’emmener, l’emporter avec soi. Ce verbe implique également un départ, une acceptation. Et cette croix, celle que le Christ, le premier, a prise, nous pouvons à notre tour la prendre parce que nous sommes d’accord : j’accepte de prendre ma croix, qui ne ressemble à aucune autre - on dirait aujourd’hui : une croix personnalisée. Mais j’allais dire à une condition, celle-ci :

- Et qu’il me suive = la conjonction de coordination est certainement le mot essentiel – à éloigner de toute interprétation de dépendance affective etc. Au contraire je peux alors m’en détacher et ne pas être absorbée par et en elle. Et bien davantage, je vais suivre un autre homme, le Fils de Dieu, qui lui-aussi est en marche continue, tourné constamment vers son père qui est aussi le nôtre. Il porte aussi ma souffrance avec moi.



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Le Seigneur ne nous dit pas : « Si vous voulez me suivre, bon d’accord mais il faut tout de suite être au top niveau morale ou au plus tôt ! Et tâchez de bien faire toute votre vie, vous le devez, sinon gare à la sortie : je suis chargé de faire les comptes... alors soyez sages. Sinon basta ! »

Jésus, tu m’appelles : viens et suis-moi ! Dire simplement : oui, j’accepte d’entrer dans un mouvement vers Toi, je commence et j’espère que je m’approcherai toujours un peu plus de toi : aucun danger. Tu seras toujours devant moi. Parfois je ferai des faux pas, je trébucherai sur une grosse pierre, parfois même je m’étalerai par terre un bon bout de temps mais tu seras toujours présent devant moi à me dire : viens, suis-moi ! N’aie pas peur ! Relève-toi ! Avance ! Même si je t’oublie ou que je ne te vois plus bien par temps de brouillard – tu es toujours par là.
Ou bien : oui, je poursuis ma marche vers toi que j’ai déjà commencée il y a bien longtemps – il m’arrive de temps à autre de flancher, je n’ai choisi ni le bois de ma croix ni sa taille ni son poids - mais je sais qu’elle ne s’achèvera sur terre que le jour de mon passage en Toi. Je fais un pas après l’autre, chaque jour. C’est tout. Car je sais qu’à Ton exemple, mon Chemin de Croix, déjà peuplé de petites résurrections, est une étape vers la Résurrection finale.

Le Jugement ne se calcule pas selon l’équilibre du fléau d’une balance - une perspective anxiogène qui paralyse combien d’entre nous, surtout à mesure que le grand âge approche - mais sur le mouvement vers, la conduite, le désir, l’intention, voire l’engagement dans la durée de tout mon être. Nous sommes sauvés et progressons dans la miséricorde d’un père qui, avant tout, aime ses enfants. Tous. Davantage encore : fondée sur ma détermination initiale, ma croissance ne s’arrêtera pas le jour de ma mort; elle continuera de se déployer dans cet état appelé Purgatoire jusqu’à mon entrée dans la Gloire : un autre chemin mais toujours une marche vers la Résurrection.
Ainsi, en actualisant cette invitation dans l'instant présent, avec toutes les cellules de mon être, j'assume mon identité totale en me libérant du temps.
Et alors, pensez-vous, la gourde que j’ai emportée dans mon sac à dos pour tenir durant ce voyage si éprouvant, à quoi sert-elle ? A qui en tout premier ? Un autre jour, ce même Homme, mais cette fois sur une croix, a crié :
« J’ai soif ! » J'ai soif de toi. Je désire faire ton bonheur, celui des membres de ta famille, de ton quartier, de ta paroisse, de ton milieu de travail et toujours plus au loin, j’ai soif de leur réponse d’amour. Alors, veux-tu venir avec moi ?

Réalisons-nous, qu’à notre époque, nos contemporains en grande majorité, quelle que soit leur étape dans Son approche, ne sont pas ou plus en contact avec La Bonne Nouvelle, ni en direct ni par la lecture ? Et que le seul visage qu’ils peuvent en avoir, c’est le nôtre ?
Etre le visage de l’Evangile, donc du Christ, donc des Trois Personnes divines, être le visage lisible de La Croix dans ma manière de la porter : n’est-ce pas là le cœur de notre mission universelle dans sa diversité ?

C’est ça le moteur de la nouvelle évangélisation aujourd’hui : que toute l’humanité vive ou revive dans la paternité de Dieu et s’établisse dans sa compassion avec confiance, grâce à mon visage, même s’il n’est pas très chouette, même perdu dans une jungle de campagne ou de ville tentaculaire. Regardant toujours Jésus et non le Vent contraire, chacun - moi dans mon individualité, l’Eglise, l’ensemble de la Communauté chrétienne - est ici appelé à prendre sa croix et à la porter dans l’action de l’Esprit comme une force de vie, une force de joie.

"Réjouissez-vous ", nous dit Pierre (= le même qui a failli couler... de peur), afin “d’être dans la joie et l’allégresse quand sa gloire se révèlera." Réjouissons-nous dès aujourd’hui. N’est-ce pas le plus beau témoignage que nous avons à donner à nos contemporains, si souvent moroses et sans espoir ? Nos chemins sont fréquemment malaisés, caillouteux, mais, malgré les obstacles et les impasses, réjouissons-nous car il y a des chemins d’avenir déjà jonchés de fruits de la Résurrection qui s’ouvrent. Notre Ami nous y précède, Lui qui est "le Chemin, la Vérité et la Vie".

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A présent, avançons – en cherchant à faire silence en nous.
Déposons notre croix, notre souffrance, notre question, notre peur, notre résistance, notre ombre, au pied de cet Arbre de Vie. Mettons-nous face à la Croix.
C’est la raison pour laquelle je vais la placer au milieu de mon commentaire et la regarder avec vous : je vous invite à la contempler et à entrer dans son mystère grâce à quelques expériences d’hommes et de femmes qui s’en sont particulièrement approchés. J’en ai choisi 8. Chacun, chacune, va nous donner sa lumière de la Croix, de sa croix qu’il ou elle a accepté de prendre, parce qu’il ou elle a voulu suivre Jésus Christ, aussi, un jour.

Par ordre chronologique:
1/ JACOB - qui boitait de la hanche - supplia Esaü : « Que mon seigneur veuille passer devant son serviteur. Moi, je cheminerai doucement au pas du convoi qui me précède et au pas des enfants... » Genèse 33
Une rencontre brève d’une beauté rare qui me touche.
La croix ? Souvent une rencontre rapide, inattendue avec le surgissement d’une forme du Mal qui veut s’étaler et s’installer dans la durée, une douleur qui, au contraire, suscite le plus souvent des réactions de rejet, de révolte, de violence, d’incompréhension, d’impatience pour s’en débarrasser au plus vite, avec pour seul désir celui de la jeter, de la faire disparaître. Jacob m’apprend que toute rencontre se vit ni dans un repli solitaire ni à la cadence du pas chasseur. Rencontrer la croix qui sera la mienne et toujours devant moi suscite un réglage de mon pas à la sienne, une acclimatation de tout mon organisme physique, moral, intellectuel et spirituel pour que lentement un acclimatement nouveau puisse transformer ma vie.



2/ JOB 5 : « Fais donc appel ! Existe-t-il quelqu’un pour te répondre ?...Quant à moi, je m’adresserais à Dieu, c’est à Dieu que j’exposerais ma cause.
[En passant, à mon avis - humble - je crois que ces verbes sont ou doivent se mettre au futur donc de toute façon pas de s car rien dans le contexte grammatical n’indique la nécessité d’un conditionnel]

Désastre, disette, tu t’en riras,

Et des bêtes sauvages, n’aie pas peur !

Car tu as une alliance avec les pierres des champs,


Et l’on t’a concilié les fauves de la steppe.

Tu découvriras la paix dans ta tente ;


Inspectant tes pâtures, tu n’y trouveras rien en défaut.

Tu découvriras que ta postérité est nombreuse

Et que tes rejetons sont comme la verdure de la terre...


Quelle est ma force pour que je patiente ?

Quelle est ma fin pour persister à vivre ?...


Vois, Dieu ne méprise pas l’homme intègre,

Ni ne prête main-forte aux malfaiteurs.

Il va remplir ta bouche de rires

Et tes lèvres de hourras.


Tes ennemis seront vêtus de honte,

Et les tentes des méchants ne seront plus. »



3/ JEAN le BAPTISTE Jn 3, 22-30

« Celui qui a l’épouse est l’époux; quant à l’ami de l’époux, il se tient là, il l’écoute et la voix de l’époux le comble de joie. Telle est ma joie, elle est parfaite. Il faut qu’il grandisse, et que moi, je diminue. »


4/ Saint PAUL épître aux Romains 7 et 8

« ... Effectivement, je ne comprends rien à ce que je fais : ce que je veux, je ne le fais pas, mais ce que je hais, je le fais... Il n’y a donc, maintenant, plus aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ. Car la loi de l’Esprit qui donne la vie en Jésus Christ m’a libéré de la loi du péché et de la mort. Ce qui était impossible à la loi, car la chair la vouait à l’impuissance, Dieu l’a fait : à cause du péché, en envoyant son propre Fils dans la condition de notre chair de péché, il condamné le péché dans la chair, afin que la justice exigée par la loi soit accomplie en nous, qui ne marchons pas sous l’empire de la chair, mais de l’Esprit... Cet Esprit lui-même atteste que nous sommes enfants de Dieu. Enfants, et donc héritiers de Dieu, cohéritiers du Christ, puisqu'ayant part à ses souffrances, nous aurons part aussi à sa gloire..."

La Croix = la prendre dans la confiance, la patience et une vraie espérance. Un vieux monsieur de mon coin des Vosges, très au fait de la vie des plantes, m’a appris dernièrement quelque chose d’essentiel pour comprendre ce qui se passe en nous comme autour de nous : l’ivraie n’est pas une mauvaise herbe comme les autres ; elle ne pousse que dans de la bonne terre, pas ailleurs dans des sols arides ou incultes. ... Vous voyez la perspective nouvelle illuminant la parabole de l’ivraie et du bon grain. Très souvent l’adjectif bon est oublié : alors est oublié que les manifestations diverses du démon n’apparaissent que lorsque Jésus est présent. Donc la croix n’existe qu’avec Lui à nos côtés.
Présence de la Croix = Présence de Jésus.
L’une ne va pas sans l’autre. Et c’est Dieu qui, comme à l’origine, quand il a distingué le jour de la nuit, distinguera la lumière de la ténèbre dans les êtres qu’il a non pas créés comme les anges mais qu’il a engendrés. Tout comme il nous a fait confiance durant tout le champ de notre vie toujours entremêlée d’ivraie et de blé, faisons lui confiance pour l’heure de la moisson.


5/ IGNACE DE LOYOLA

En 1537, arrivé à quelques kms de Rome, Ignace, entre dans une chapelle pour prier :
« J’ai cru voir le Christ avec sa croix sur l’épaule et, à côté de lui, le Père éternel qui disait à son fils : « Je veux que tu prennes celui-ci pour ton serviteur. » Et Jésus m’a dit : « Je veux que tu nous serves ».

Prière
Prends, Seigneur et reçois,
toute ma liberté,
ma mémoire,
mon intelligence
et toute ma volonté;
Tout ce que j'ai et possède,
c'est Toi qui me l'as donné:
A Toi, Seigneur, je le rends.
Tout est à Toi,
disposes-en selon Ton entière volonté.
Donne-moi, ton amour et ta grâce :
c'est assez pour moi.


6/ CLAUDE LA COLOMBIERE en 1674 à Paray-le-Monial


Acte d’offrande au Cœur-Sacré de Jésus-Christ


Sacré-Cœur de Jésus,
Apprenez-moi le parfait oubli de moi-même,

puisque c’est la seule voie par où l’on peut entrer en Vous.
Puisque tout ce que je ferai à l’avenir sera à Vous,
faites en sorte que je ne fasse rien qui ne soit digne de Vous.
Enseignez-moi ce que je dois faire
pour parvenir à la pureté de Votre Amour,

duquel Vous m’avez inspiré le désir.
Je sens en moi une grande volonté de vous plaire

et une grande impuissance d’en venir à bout sans une grande lumière
et un secours très particulier

que je ne puis attendre que de Vous.
Faites en moi votre volonté, Seigneur,
je m’y oppose, je le sens bien ;
mais je voudrais bien,
ce me semble, ne m’y opposer pas.
C’est à Vous à tout faire, Divin Cœur de Jésus-Christ.
Vous seul aurez toute la gloire de ma sanctification,
si je me fais saint, cela me paraît plus clair que le jour,
mais ce sera pour Vous une grande gloire,
et c’est pour cela seulement que je veux désirer la perfection.

Acte de confiance en Dieu



Je suis si persuadé, mon Dieu, que vous veillez sur ceux qui espèrent en vous, je suis si persuadé qu’on ne peut manquer de rien, quand on attend tout de vous, que j’ai résolu de vivre à l’avenir sans aucun souci et de me décharger sur vous de toutes mes inquiétudes.
Les hommes peuvent me dépouiller et des biens et de l’honneur ; les maladies peuvent m’ôter les forces et les moyens de vous servir, je puis même perdre votre grâce par le péché ; mais jamais je ne perdrai mon espérance, je la conserverai jusqu’au dernier moment de ma vie, et tous les démons de l’enfer feront à ce moment de vains efforts pour me l’arracher. Que les uns attendent leur bonheur, soit de leurs richesses soit de leurs talents ; que les autres s’appuient ou sur l’innocence de leur vie ou sur la rigueur de leur pénitence, ou sur le nombre de leurs aumônes, ou sur la ferveur de leur prière ; pour moi, Seigneur, toute ma confiance, c’est ma confiance-même.

Cette confiance ne trompa jamais personne. Je suis donc assuré que je serai éternellement heureux parce que j’espère éternellement de l’être et que c’est de vous, ô mon Dieu, que je l’espère.
Je connais, hélas !, et il n’est que trop vrai, combien je suis fragile et changeant ; je sais ce que peuvent les tentations contre les vertus les mieux affermies ; j’ai vu tomber les astres du ciel et les colonnes du firmament ; mais toutes ces chutes ne peuvent m’effrayer ; tant que j’espèrerai, je me crois à couvert de tous les malheurs, et je suis sûr d’espérer toujours parce que j’espère encore de votre libéralité cette invariable espérance. Enfin, je suis intimement convaincu que je ne puis trop espérer en vous et que ce que j’obtiendrai de vous sera toujours au-dessus de ce que j’aurai espéré ; ainsi, j’espère que vous m’arrêterez sur les penchants les plus rapides, que vous me soutiendrez contre les plus furieux assauts et que vous ferez triompher ma faiblesse de mes plus redoutables ennemis.
J’espère que vous m’aimerez toujours, et qu’à mon tour, je vous aimerai sans relâche ; et pour porter tout d’un coup mon espérance aussi loin qu’elle peut aller, je veux espérer vous-même de vous-même, ô mon Créateur, et pour le temps et pour l’éternité. Amen.
(Sermon 68 sur la confiance)




7/ LOUIS-MARIE GRIGNION DE MONTFORT 1673-1716

Voici l’acte de consécration de soi-même à Jésus par les mains de Marie proposée à la fin des retraites dans les Foyers de Charité (extrait) :

« .. Je me donne tout entier à Jésus-Christ, La Sagesse incarnée, pour porter ma croix à sa suite, tous les jours de ma vie, et afin que je lui sois plus fidèle que je n’ai été jusqu’ici.


Je vous choisis aujourd'hui, ô Marie,

en présence de toute la cour céleste

pour ma mère et ma reine.

Je vous livre et consacre,

en toute soumission et amour

mon corps et mon âme,

mes biens intérieurs et extérieurs,

et la valeur même de mes bonnes actions

passées, présentes et futures,

vous laissant un entier et plein droit

de disposer de moi

et de tout ce qui m'appartient

sans exception, selon votre bon plaisir,

à la plus grande gloire de Dieu

dans le temps et l'éternité
.




8 / MARTHE ROBIN

Voici quelques citations provenant de la collection « Les cahiers de Marthe Robin » aux éditions Foyer de Charité : ‘Depuis les années 1930 jusqu’à sa mort en 1981, chaque jeudi Marthe consentait à revivre la passion, la mort et la résurrection de Jésus. Elle a laissé plusieurs cahiers de ce qu’elle vivait et priait chaque semaine...’

J’ai relevé quelques passages d’abord dans :
° La douloureuse Passion du Sauveur I – Préparation de la Pâques 2008

P.39 “Pendant que les deux apôtres Pierre et Jean étaient occupés à Jérusalem aux préparatifs de la Pâque, Jésus qui était resté à Béthanie y faisait ses adieux, ses tristes et touchants adieux à ses amis et aux saintes femmes qui s’y trouvaient : notamment à Lazare, à Marthe et à Marie-Magdeleine. Il s’entretint longuement avec les deux sœurs, et leur donna encore quelques instructions et de nombreux conseils pour l’avenir, tout particulièrement pour les trois jours suivants. Il leur parla à toutes deux des grands évènements qui se préparaient dans Jérusalem et leur recommanda surtout le calme et la prière tous ces jours à venir [...] Puis, les pressant une dernière fois sur son cœur, il les baisa au front et prit congé d’elles, ému jusqu’au fond de l’âme à la pensée de leur séparation.

Je le vis ensuite s’entretenir seul à seul avec sa divine Mère, avec qui il demeura longtemps. Comme il avait annoncé à ses disciples sa Passion prochaine, il ne manqua pas d’y préparer encore sa Mère et il s’en acquitta comme d’un devoir de reconnaissance et de piété filiale [...] Il était nécessaire cependant qu’elle reçût une initiation plus directe encore au grand mystère qui allait s’accomplir, elle qui devait prendre à tout une part unique et y jouer un rôle éternel [...] Elle qui, dans les desseins éternels du Père, devait unir et fondre ses souffrances aux infinies souffrances et au sacrifice de son divin Fils, comme elle s’était unie et avait partagé son divin labeur et ses joies [...] Toutefois, même prévue et consentie des centaines de fois, malgré aussi toute la délicatesse que mettait le Seigneur à la préparer, cette Passion annoncée toute proche par celui qui allait la subir étreignait son âme d’une indicible angoisse, et elle lui en fit part. Mais Jésus la rassura aussitôt : « Ne vous désolez pas, lui dit-il, je ne vous laisserai pas seule. Caché dans l’Eucharistie, je vivrai près de vous, avec vous, en vous. Comme à mes apôtres, il vous est plus avantageux que je m’en aille, car après que ma forme visible aura disparu de la terre, notre intimité, loin d’en être brisée ou diminuée, en sera plus grande et plus complète que pendant les années de ma vie publique où nous étions obligés d’être souvent séparés. » Malgré sa douleur, Jésus continua cependant à l’entretenir et la mit au courant de tout ce qu’elle aurait à faire dans la nouvelle Eglise. Il lui dit le rôle immense et l’action toute surnaturelle qu’elle aurait à remplir auprès des apôtres après sa mort. Il lui dit qu’elle aurait souvent à relever leur courage et à les orienter dans leurs devoirs, à les aider de ses lumières et de ses conseils ; à les soutenir dans leurs épreuves et dans toutes les afflictions qui fondraient sur eux. Il lui dit qu’elle aurait souvent à les reprendre dans leurs faiblesses, à prévenir leurs défaillances, à les encourager dans la sainte voie de la Croix. [...]

P. 70 Et maintenant Jésus, il faut vous en aller... Il faut tremper vos lèvres à la coupe de toutes les souffrances, boire à l’amer calice de l’agonie... Il faut sortir du Cénacle clair et intime pour aller à la Passion et à la mort [...]

Mon Dieu, qu’il m’est bon et doux d’envisager toutes les peines, souffrances, difficultés, afflictions, comme un calice présenté par vous, pour vous l’offrir. Chaque matin je puis dire : aujourd’hui j’aurai mon calice, celui des joies intérieures, telles que la Messe, et celui bien douloureux de la souffrance de tous les jours et de tous les instants, sans arrêt ni repos jamais. [...]
Ainsi j’expérimente à tout instant, avec un véritable profit surnaturel, qu’il n’y a rien de redoutable là où règne l’amour du Père ! Rien de douloureux là où se trouve la gloire du Christ, et que les épreuves même les plus cruelles, les souffrances même les plus crucifiantes, sont non seulement sans effets néfastes pour l’âme, elles sont non seulement un terrible échec pour le perfide serpent, mais un grand bien divin pour ceux qui aiment Dieu et qui le servent par amour et non par crainte, car ils vivront à jamais avec lui...


Puis dans :
° Les passions de Marthe Robin relatées par le Père Faure, Curé de Châteauneuf-de-Galaure 2009

‘Entre 1933 et 1938, l’abbé Faure relate fidèlement sur de petits agendas les paroles qu’il entend lorsque le vendredi Marthe Robin revit la Passion de Jésus. Ces notes, simples et directes, nous font comme entrer dans la prière de Marthe le vendredi...’

Vendredi 10 mars 1933
« O mon Dieu ! Pardonnez-leur... Jésus, mon Jésus... faites qu’ils vous aiment... Faites qu’ils vous aiment, ô mon Jésus.
O Jésus, oui mon Jésus, disposez de moi pour toutes les âmes et en toutes choses, pour l’accomplissement de mon devoir d’amour. O mon Jésus, je vous apporte toutes les âmes, bénissez-les, bénissez mon père, bénissez sa paroisse. Bénissez notre France. Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ?... » Puis elle a jeté un cri et a incliné la tête.
14h55 – 16h17 A parlé en outre à plusieurs reprises, mais d’une façon incompréhensible. N’ai pu saisir que le mot « prêtre ».

Vendredi 17 mars 1933
Pas une seule parole. A incliné la tête à 14h57 – 16h05.
Durant ce temps, quelques soupirs plaintifs assez légers mais bien perceptibles.

Vendredi 24 mars 1933
« O mon Jésus... O Amour qui n’est pas aimé... inflamme mon ardeur... consume mon cœur... absorbe-moi en toi, ô Jésus... Jésus, Prêtre et Victime, Jésus Eucharistie, fais-moi t’aimer comme jamais encore tu n’as été aimé ni de moi ni de personne. Moi aussi j’ai soif... j’ai soif de Toi. Sitio, ô Jésus... »

Vendredi 30 avril 1937
« Confondez-les, Seigneur, en les empêchant de nuire. Oh oui, mon Dieu, manifestez votre volonté à tous vos apôtres. Montrez-leur ce qu’il faut faire, comment il faut agir. Mon Dieu, relevez la France par votre amour.
Oh oui mon Jésus, hâtez dans cette œuvre 1 l’accomplissement de vos desseins d’amour ! Montrez à vos prêtres chargés de l’accomplir votre volonté sur elle ! Hâtez votre règne, oh oui ! mon Dieu, hâtez votre règne, achevez votre victoire sur le monde. »

NB1 Quelle œuvre ? Vraisemblablement le Foyer de Charité puisque, plus loin, Marthe précise que Jésus veut cette œuvre « ici », comme dans le texte qui parle de la fondation du Foyer : « C’est alors qu’il [Jésus] me parla de l’œuvre splendide qu’il voulait réaliser ici. »

Vendredi 7 mai 1937
Arrivé à 15h08, n’ai pu entendre que ces paroles : « Mon Père, je remets mon âme entre vos mains. » Contrairement aux autres vendredis, a incliné la tête à 15h14.

Vendredi 6 mai 1938
Pas de sang ni au front ni aux joues. Dernières paroles comme à l’ordinaire.

Vendredi 13 mai 1938
Sang au front mais pas aux joues ni aux yeux.

Vendredi 20 mai 1938
Beaucoup de sang au front et le long des joues.

Vendredi 27 mai 1938
Du sang au front seulement. Inerte de 16h à 18h26



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Enfin je vous livre, pour votre bon usage, l’une de ses paroles prononcée lors de notre première conversation en 77 :


« Oui, quand on se donne à Dieu, on se donne sans conditions »

Et en toute simplicité, l’une des miennes complètement ‘à côté’ par inadvertance :
Je savais bien que toute rencontre était forcément impossible durant les jours où elle était dans la Passion, un temps qui s’accroissait avec les années, plus seulement dès le jeudi soir jusqu’au vendredi après-midi mais plus de journées avant et après et principalement une longue durée avant le Vendredi Saint. Or, à la fin d’une autre visite, n’ayant pas bien vérifié le calendrier, comme je lui demandais la possibilité d’envisager une prochaine venue à une période se situant bien avant Pâques, elle m’a simplement dit :
« Geneviève, je ne pourrai pas . »
Un silence est tombé. Plus rien ne pouvait plus se dire. L'infini était là.

L’entretien s’est alors achevé comme d’habitude par :

" Quelle prière voulez-vous que nous disions ? "

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Laquelle choisissez-vous aujourd’hui ?


pour elle et à ses intentions
pour l’Eglise et le monde entier

pour les vôtres

En lien avec tous les autres Amis ou Chevaliers de la Croix


Regardons son visage, un visage qu’elle a consenti d'avoir chaque semaine durant 50 ans


Prière pour demander sa béatification


Cœur sacré de Jésus,
tu as manifesté à Marthe
ton grand dessein d'amour et de
vie,

pour attirer vers toi ceux qui te cherchent ou t'ont oublié,

et pour que son incessante offrande
de compassion et de miséricorde

participe à une nouvelle Pentecôte.

Nous te demandons que sa béatification par l'Eglise
serve à te faire connaître,

Toi, Parole vivante d'amour et de paix,
et que par l'intercession de Marie,
nous
suivions son exemple
pour répondre
aux appels de tous nos frères.
Daigne exaucer les prières que nous t'adressons
par ta servante Marthe

en sorte que soient manifestées ta joie et ta gloire,
Amen

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